Souvenirs authentiques

Publié le par Yves-André Samère

Jamais je n’ai pu prendre au sérieux ces « savants » qui soutiennent que nul ne peut conserver des souvenirs antérieurs à l’âge de six ans. Comment le sauraient-ils ?

Pour ma part, j’ai bel et bien des souvenirs datant d’avant cette période qu’on nous présente comme vouée à l’oubli quasiment total. Et j’en conserve de nombreux, qui sont antérieurs, et de beaucoup, précédant cet âge supposé fatal. Toutes mes années vécues au Sahara, qui ont pris fin lorsque j’ai atteint mes quatre ans et deux mois, restent gravées dans ma mémoire. Par exemple, je me rappelle très bien le tout début de ma petite enfance à Touggourt, alors que je dormais encore dans un berceau, qui était monté sur des roulettes et recouvert d’un tissu rose à fleurs. Je n’ai pas non plus oublié que la première maison qui avait accueilli ma famille comportait une terrasse inondée de lumière, où mes parents me laissaient séjourner dans la journée. Restent intactes les images du premier film que j’ai vu, projeté dans une sorte de hangar tenant lieu de cinéma municipal, où se déroulaient les aventures de Tarzan, avec ces Noirs qui portaient un bouclier et une lance, et qui dansaient. Et encore, cette piscine municipale où ma mère m’avait traîné, piscine qui était surtout fréquentée par les militaires de la garnison locale. Et je n’ai surtout pas oublié les amies de ma mère, ce couple d’épiciers qu’on appellait Bébelle et Mimile. Ou cette dame que j’appelais « Madame Antotelli », ce qui l’agaçait suprêmement car elle s’appelait Antonelli. Ou cette femme mal mariée (elle a divorcé plus tard), que j’appelais « Petit Prince », et qui se prénommait Lili : bien des années plus tard, c’est dans une chambre d’un appartement qu’elle possédait, que j’ai logé deux ans, à partir de mes dix-huit ans, à Bône. Et j’ai le souvenir très net de l’absence de mon père, rappelé dans l’armée lorsque j’eus deux ans et demi, et que je ne devais revoir qu’un an et demi plus tard, alors que j’avais atteint mes quatre ans et deux mois.

Enfin, j’ai un souvenir très net du deuxième appartement où devaient s’installer mes parents, logement exigu qui donnait sur la cour du garage Citroen, où mon père élevait des pigeons dans une cage. Ou encore, cette excursion à Témacine, où me fascina cet homme qui gagnait sa vie en mettant dans sa bouche quatre scorpions noirs accrochés par la queue.

Personne ne m’a raconté tous ces détails, et je les ai gardés en mémoire sans jamais en parler à qui que ce fut. On n’invente pas de pareils souvenirs.

Naturellement, vous n’êtes pas obligés de me croire. Mais on ne me persuadera jamais que j’ai rêvé tout cela.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

cacciarella bernard 05/07/2021 18:56

Oubli , la plage c'était à Sainte-Maxime , comme quoi maintenant j'oublie tout !

Yves-André Samère 06/07/2021 08:29

Moi aussi, j’oublie pas mal de choses. Mais c’est de l’étourderie ordinaire. Lorsque les masques étaient obligatoires, j’oubliais souvent d’en mettre un...

cacciarella bernard 05/07/2021 16:54

J'ai un souvenir inoubliable ; j' étais sur une plage , j' avais un très joli petit bateau en bois , un gosse me l'a chipé . en pleurs j 'ai couru vers mes . parents qui on tenté de me consoler . On peut penser que c'est invérifiable sauf que , nous somme en juillet 1940 en vacances , les dernières , avant longtemps ! J'oubliais , je suis né en mai 1937 , j'ai donc, alors 3 ans .

Yves-André Samère 06/07/2021 08:27

Intéressant. Merci !