« LES précautions inutiles »

Publié le par Yves-André Samère

Si Beaumarchais avait la bonne idée de revenir sur Terre, pas une seconde je ne doute qu’il attribuerait à notre époque le surnom qu’elle mérite, et qu’il a utilisé pour titrer sa pièce Le barbier de Séville, à savoir La précaution inutile, expression que sans doute il mettrait au pluriel, tant les actes de méfiance se sont multipliés.

Vivons-nous en un temps où il est devenu normal d’être un délinquant et de passer la moitié de son existence à tromper autrui en vue de le dépouiller de ses biens ? Supposons que vous désiriez acheter quelque chose sans perdre des heures dans un magasin, ou tout autre service public, souvent éloigné de chez vous. Naguère, si l’acquisition était coûteuse, on pouvait à la rigueur vous demander votre nom, et, au besoin, votre carte d’identité. Mais tout ça est démodé. Désormais, on exige que vous fournissiez la preuve que vous êtes bien celui que vous affirmez être, et vous entrez alors dans le cycle infernal de la torture – commerçante ou autre. Ainsi, pour avoir le droit de posséder un compte bancaire, les princes qui nous gouvernent ont inventé l’obligation que vous soyez propriétaire d’un téléphone mobile (je dis bien MOBILE, pas filaire !), via lequel votre interlocuteur vous enverra un SMS contenant un mot de passe, dont vous devrez PROUVER que vous l’avez reçu, en tapant ce code (qui ne dit pas son nom) sur tel site Internet, qu’évidemment vous serez tenu d’avoir, sous peine de ne plus rien acheter. Supposez encore que vous ayez perdu un objet indispensable, comme votre carte d’identité (ou votre carte Vitale, sans laquelle vous ne pouvez plus être accepté par votre médecin ou votre pharmacien), et que vous contactiez au téléphone la Sécurité sociale pour en recevoir un duplicata. Eh bien, même si vous avez fourni par téléphone  ou par écrit tous les renseignements prouvant que vous êtes bien celui que vous prétendez, cela ne suffira pas ! Car la Sécurité sociale, qui doute de votre honnêteté, va d’abord vous envoyer par la Poste une enveloppe contenant un imprimé détaillant toutes les informations sur vous – qu’elle possède déjà –, et que vous remplissiez cet imprimé in extenso avant de le lui renvoyer, toujours par la Poste. On veut enrichir la Poste ? Le téléphone ne suffisait plus ?

Par ailleurs, on vous convoque systématiquement dans des endroits à des kilomètres de chez vous, parfois sans vous dire où cet endroit se trouve (à vous de chercher), histoire de rendre la démarche plus passionnante. Souvenez-vous de la double vaccination, qui, avant d’impliquer les pharmaciens dans le processus, se faisait régulièrement dans certaines mairies où vous n’aviez jamais mis les pieds !

Je pense sincèrement que les preneurs de décisions sont d’authentiques sadiques, et j’espère les revoir en enfer, lorsque l’heure sera venue.

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