La triste vie de Tadzio

Publié le par Yves-André Samère

Comme le film de Luchino Visconti, Mort à Venise, date de cinquante ans, la chaîne Arte l’a repassé il y a quelques jours, accompagné d’un documentaire, Lange blond de Visconti - Björn Andrésen, de léphèbe à lacteur, consacré à son jeune interprète suédois du rôle de Tadzio, Björn Andrésen. Celui-ci, dont Visconti était visiblement tombé amoureux, a été traîné partout, y compris au Festival de Cannes, et considéré comme une idole.

Or cet épisode de sa vie s’est révélé comme une calamité. Lisez ce que lui-même en a dit : « C’est très différent aujourd’hui, mais vous pouvez comprendre pourquoi la plupart des acteurs évitent les rôles homosexuels... Après mon rôle dans Mort à Venise, tant de journaux américains ont écrit que j’étais homosexuel. Tout ça pour un seul film ! Je n’arrêtais pas de dire “Non, non”, ce qui me donne l’impression d’être désespéré ou d’avoir des préjugés... Je pense donc que pour moi, il vaut mieux être loin de tout ça. J’avais juste 16 ans, Luchino Visconti et l’équipe m’ont emmené dans une boîte de nuit gay. Presque toute l’équipe était gay. Les serveurs de la boîte me mettaient très mal à l’aise. Ils me regardaient sans complaisance comme si j’étais un bon plat de viande. Je savais que je ne pouvais pas réagir. Cela aurait été un suicide social. Mais c’était la première de nombreuses rencontres de ce genre. Ma carrière est l’une des rares à avoir commencé au sommet absolu pour ensuite descendre. Je me sentais seul. Je n’ai pas choisi Mort à Venise, c’est Mort à Venise qui m’a choisi. J’aurais préféré construire ma vie plutôt que d’être mis sur ce piédestal. Je ne pense pas que ce soit éthiquement défendable de laisser un jeune de 16 ans porter le fardeau de la publicité de ce foutu film. Surtout pas quand on revient à l’école et qu’on entend “Salut, lèvres d’ange”. Un gars qui est au milieu de sa propre tempête d’hormones adolescentes ne veut pas être qualifié de “beau”. Quand vous claquez des doigts et que dix filles vous courent après, il n’y a pas besoin d’apprendre des compétences sociales pour traiter avec le sexe opposé. J’ai sombré dans la dépression, l’alcool, l’autodestruction de toutes les manières imaginables, c’était un voyage de l’ego. Je l’ai fait plus ou moins pour pouvoir dire que j’avais essayé, mais ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Ce n’était pas plus grave que ça. Je devais être sacrément naïf. Je me sentais comme un trophée errant ».

J’ajouterai deux ou trois détails.

D’abord, Visconti ne pouvait pas ne pas s’apercevoir des ravages qu’il causait, mais il a persévéré. Un comportement de salaud.

Ensuite, on a beaucoup écrit que Mort à Venise avait été le premier film de Björn. C’est faux, il avait paru l’année précédente dans un film suédois de Roy Andersson, En kärlekshistoria (en français, A Swedish Love Story : Une histoire d’amour suédoise), très peu connu et que j’ai vu au cinéma MK2 de la rue Rambuteau. Ce n’était donc pas un débutant. En fait, il a joué dans... trente-trois films et téléfilms, y compris cette année !

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