Les cloches du « Figaro »

Publié le par Yves-André Samère

À mes amis, je recommande toujours chaudement la lecture du courrier des lecteurs, dans « Le Figaro ». Toute l’intelligence et toute la bonne foi du monde s’y donnent rendez-vous.

Ainsi, il y a quelques semaines, la presse avait rapporté la décision du curé de je ne sais plus quelle bourgade, en région parisienne si mes souvenirs sont bons. Ce brave homme, considérant que son église se trouvait dans un quartier devenu, à la longue, majoritairement musulman, avait, de sa propre initiative, décidé de ne plus sonner les cloches. Soit dit en passant, ici ou ailleurs, les cloches ne gênent pas uniquement les musulmans, et je connais quelques catholiques qui se passeraient bien de les entendre, le dimanche matin, quand ils font la grasse matinée, et qui les vouent au diable. Mais passons...

Cette initiative louable dans le cadre de la lutte contre la pollution sonore n’a pas plu au « Figaro », encore moins à ses lecteurs, et l’on a pu lire, dans les jours qui ont suivi cet écho, quelques réactions de protestataires, assez dans le style « Nous sommes envahis par les mosquées » que Brigitte Bardot a contribué à populariser, et que Philippe de Villiers a repris avec le succès qu’on a vu lors de la récente élection présidentielle.

Ainsi, une dame dont je n’ai pas retenu le nom affirmait être née au Maroc, y avoir vécu longtemps, et assurait que, là-bas, en pays musulman donc, les cloches des églises n’avaient jamais été réduites au silence, et qu’on pouvait toujours les y entendre.

A beau mentir qui revient de loin, et pas de chance pour la dame, car j’ai, moi aussi, vécu au Maroc, et j’y suis fréquemment retourné. Or je puis affirmer que, non seulement les cloches des rares églises du pays ne sonnaient jamais, pas même pour les fêtes carillonnées, mais encore que les églises, à l’exception de la cathédrale de Rabat, y sont désaffectées depuis longtemps, quand elles n’ont pas été démolies. Par exemple, la cathédrale de Casablanca a servi quelque temps de centre culturel pour les étudiants marocains, puis, me semble-t-il, elle a reçu une autre affectation, et, en fait, les autorités locales n’ont jamais su ce qu’elles pouvaient bien faire de ce bâtiment plutôt laid.

Bref, le témoignage de la bonne dame férue d’églises marocaines sonnant les cloches à tout va était un témoignage bidon ! Combien y en a-t-il de semblables dans le courrier des lecteurs du « Figaro » ?

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