Faire l’économie d’une guerre

Publié le par Yves-André Samère

La Guerre de Cent Ans n’était pas une guerre entre deux nations (d’ailleurs, à cette époque, la notion et le terme de « nation » n’existaient pas), c’était juste une querelle pour un héritage, entre membres d’une même famille. Tous les personnages concernés, absolument tous, sans la moindre exception, descendaient du roi de France Philippe III, dit le Hardi (fils de Louis IX, alias « saint » Louis), ou étaient mariés à un de ses descendants.

Lorsque son fils Philippe IV le Bel meurt en 1314, il laisse quatre enfants : trois garçons et une fille. Dans les quatorze années qui suivent, les trois garçons, Louis, Philippe et Charles, vont régner tour à tour et mourir sans descendants (à l’exception du fils de Louis, qui meurt néanmoins à l’âge de cinq jours). Le trône de France devient ainsi vacant en 1328. Et la fille de Philippe le Bel, en raison de la loi salique, ne peut pas régner. Mais elle peut transmettre la royauté à son fils ! Or cette Isabelle s’était mariée au roi d’Angleterre en 1308, et en avait eu un fils en 1312, Édouard. Deux ans avant sa mort, Philippe le Bel avait donc déjà un petit-fils, qui plus tard aurait pu monter sur le trône de France d’autant plus légitimement qu’après la mort de ses trois oncles, il avait seize ans et se trouvait être le dernier descendant mâle direct de la lignée.

Mais les nobles de France refusèrent la couronne à ce petit-fils de Philippe le Bel, et lui préférèrent son neveu, le fils de son frère Charles. Ainsi, Philippe de Valois devient Philippe V.

Frustré de la couronne de France, Édouard, devenu roi d’Angleterre l’année précédente (1327), à quinze ans, attend jusqu’en 1337, puis se proclame roi de France, et, puisqu’on refuse, en France, de lui donner satisfaction, entame la Guerre de Cent Ans. Il faut remarquer que les Français ont beaucoup perdu dans cette magouille des nobles de France. Car, si le roi d’Angleterre avait régné aussi chez nous, c’est deux siècles que nous aurions gagné dans la course à la démocratie !

Reste une question : un même homme peut-il régner sur deux pays à la fois ? C’est parfaitement possible : Charles-Quint fut en même temps empereur d’Autriche et roi d’Espagne ; et en Scandinavie, la Suède et la Norvège ont eu un seul roi, de 1814 à 1905, tout en conservant deux constitutions, deux armées, deux gouvernements, tout à fait distincts !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 23/12/2007 12:43

On attend vos écrits avec impatience ! Un livre est paru récemment sur le sujet (cf Le Canard de cette semaine), qui m'a l'air de remettre les choses à leur place.

Yves-André Samère 23/12/2007 13:07

Vu cet article. Il n'y a pratiquement aucune possibilité que Jeanne, dite "d'Arc", ait été ce qu'on nous a appris bêtement en classe. Malheureusement, les documents sont enfouis dans les caves du Vatican, plus hermétiques que les coffres de la banque de France ! Et d'ici à ce que Benito les ouvre...

DOMINIQUE 22/12/2007 17:54

Surtout qu'à l'époque, la notion de "pays" était plus un amalgame de fiefs qu'une "nation". Les Plantagenêt ont bien possédé l'Aquitaine pendant un certain nombre d'années... en étant rois d'Angleterre et sujets du roi de France. L'Italie, telle que nous la connaissons, est une nation très récente (vers 1870). Je renonce par contre à vous parler de l'Autriche-Hongrie et des Balkans. Faudrait une vie et plus de savoir sur cette région que je n'en ai.

Yves-André Samère 22/12/2007 18:14

Le "roi de France", Charles VII, c’était surtout le "roi de Bourges". À Paris, ses partisans étaient haïs. Il va falloir que je m’occupe un peu de Jeanne dite "d’Arc"...