19 mars 1962, cessez-le-feu bidon

Publié le par Yves-André Samère

Aujourd’hui 19 mars, c’est le quarante-neuvième anniversaire du cessez-le-feu qui a – théoriquement – mis fin à la guerre d’Algérie. Théoriquement, car seule l’armée française a mis bas les armes. Dans le camp opposé, les soldats de l’ALN (Armée de Libération nationale algérienne) sont restés armés, et ont immédiatement commencé à exercer des représailles contre ceux qu’ils haïssaient le plus, les supplétifs, dits « harkis ».

Les harkis étaient des arabo-musulmans d’Algérie qui, n’ayant aucune confiance dans les partisans de l’indépendance du pays, désiraient rester français et s’étaient ainsi engagés dans l’armée française pour combattre avec les soldats « français de souche », comme on disait alors. Bien entendu, pour ceux d’en face, ils étaient des traîtres et ne méritaient que la mort.  Elle n’allait pas tarder à venir.

Le cessez-le-feu entraîna le départ d’une grande partie des harkis, devenus plus ou moins indésirables dans l’armée française. Certains furent volontaires pour la quitter, à leurs risques et périls, et on se demande encore quelles garanties ils avaient obtenu pour ne pas être immédiatement massacrés. D’autres restèrent avec leurs camarades français, espérant que, l’armée française étant dès lors destinée au rapatriement en France, ils pourraient la suivre.

Mauvais calcul, excès de confiance : De Gaulle, président de la République et qui avait finalement opté pour l’indépendance de l’Algérie après avoir affirmé le contraire moins de quatre ans plus tôt (6 juin 1958 à Mostaganem), et son ministre des Armées, qui n’avait pas droit à la parole, prirent des mesures : ils interdirent aux officiers français de ramener les harkis avec eux ! C’était les condamner à mort, tout le monde le savait.

Certains de ces officiers, qui n’avaient pas oublié ce que signifiait le mot honneur, et qui, au début de la guerre, avaient pris l’engagement auprès des harkis de ne jamais les abandonner, eurent le courage de désobéir et les mirent sur les bateaux, avec leurs autres soldats. Mais, en métropole, De Gaulle avait envoyé les gardes mobiles, dans les ports et dans les gares, pour faire obstacle à ce rapatriement officiellement interdit. Tous ne passèrent pas… Le résultat était prévisible : en Algérie, ceux des harkis empêchés de gagner la France furent atrocement massacrés. On n’en connaît pas le nombre, mais celui-ci ne peut pas avoir été inférieur à quarante mille. On ignore encore le motif de cette ignominie, dont De Gaulle fut le seul responsable.

Et aujourd’hui ? Le gouvernement actuel, qui pourtant se réclame de De Gaulle, refuse de faire, du 19 mars, la date de la commémoration officielle du cessez-le-feu (et de la fin officielle de la guerre d’Algérie, conséquemment), et a proposé une date en décembre, qui ne correspond d’ailleurs à rien. Néanmoins, la Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Algérie, entièrement noyautée par les gaullistes et soutenue par le Parti Socialiste qui n’oublie pas les élections, milite sans arrêt pour que cette date du 19 mars soit la seule retenue. Or ces activistes ont été jusqu’à s’indigner que le MRAP veuille faire ériger une stèle à la mémoire de TOUTES les victimes de la guerre. Il y a de « bons » morts, et de « mauvais ».

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