Gastronomie divine

Publié le par Yves-André Samère

Ézéchiel est un des « prophètes » qui ont alimenté abondamment l’Ancien Testament – la première partie de la Bible. Son livre comprend pas moins de 48 chapitres, dans lesquels il relate ses relations avec « Dieu », et qui est peuplé de visions diverses. Naturellement, le Créateur de toutes choses s’adresse directement à lui et lui donne ses ordres, dont quelques-uns sont assez pittoresques. Mais, pour ne pas vous accabler, je vais me borner à citer deux ou trois passages.

À la fin du chapitre 2, aux versets 8 et 9, Dieu lui remet « un livre en rouleau », et lui ordonne, au premier verset du chapitre suivant, de... le manger ! Ézéchiel s’exécute, mange le livre et le trouve « doux comme du miel ». Déjà, c’est parfaitement vraisemblable. D’ailleurs, vous qui lisez beaucoup, ne dites-vous pas fréquemment que vous dévorez les livres ? Donc, rien à signaler.

Puis, après quelques péripéties, essentiellement des imprécations divines, nous arrivons au chapitre 4, où Dieu commande au prophète de dessiner sur une brique la ville de Jérusalem en état de siège, ce qui ne doit pas être si compliqué. Cela fait, Ézéchiel reçoit l’ordre de se coucher sur le côté gauche et de rester ainsi pendant 390 jours. Puis, cette période passée, de se coucher sur le côté droit et de rester ainsi pendant 40 jours. Ézéchiel obéit, et c’est bien le moins qu’il pouvait faire pour un Dieu qui demandait si peu. Pour se nourrir pendant ces périodes, Ézéchiel avait dû faire du pain avec du froment, de l’orge, des fèves, des lentilles, du millet et de l’épeautre, sans omettre de boire « de temps à autre ». Mais Dieu complète ce régime par « des gâteaux d’orge [...] avec des excréments humains ». Miam ! Mais comme ce rebelle de prophète proteste, et dit qu’il n’a jamais mangé de cette nourriture, en dépit de ses évidentes qualités nutritives, Dieu transige et répond : « Voici, je te donne des excréments de bœuf au lieu d’excréments humains, et tu feras ton pain dessus ». Vous appréciez le progrès, j’espère.

Comment ne pas adorer une divinité, ayant sans doute lu par anticipation Les 120 journées de Sodome, et affichant des exigences aussi modérées ?

Allons, comme on dit à la radio, « Bon appétit si vous êtes à table !».

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