Expatriation

Publié le par Yves-André Samère

Ce matin, France Inter ironisait lourdement sur l’existence d’un quartier réservé aux étrangers, dans une grande ville de Chine – je n’ai pu savoir s’il s’agissait de Pékin ou de Shanghaï. Il faut dire que ce n’est pas une nouveauté, la Concession Internationale de Shanghaï, jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale, existait déjà, et on a pu en avoir un aperçu dans Empire du Soleil, le film de Steven Spielberg.

Se moquer des expatriés, ou les condamner pour ceci ou pour cela, c’est un sport très pratiqué chez les humanistes en chambre. Mais en fait, on voit mal pourquoi il faudrait montrer du doigt les résidents de ce quartier, sous le prétexte qu’ils ne cherchent pas à « aller vers les autres », comme le radote le catéchisme pseudo-humaniste en vigueur dans tous les pays avancés, catéchisme dont se préservent, eux, les pays que nous devrions faire semblant d’admirer parce qu’ils sont pauvres et que cette admiration nous coûte moins cher qu’une aide efficace. Lesdits résidents ne sont là, en général, que pour une courte période ne dépassant pas deux ans, et ils ont autre chose à faire que de feindre l’intérêt pour une civilisation qui ne tiendra aucune place dans leur existence une fois qu’ils auront quitté le pays. Ce qui compte, c’est le travail qu’ils ont à faire tant qu’ils sont en Chine, et qui est plus important que les simagrées qu’on leur reproche de ne pas mimer.

J’ai bien connu un professeur ayant exercé en Afrique noire, où il est resté neuf ans. Or de ses élèves lui reprocha un jour amicalement de ne pas chercher à apprendre le baoulé – sa langue maternelle. Ce professeur eut beau jeu de lui répondre qu’il y perdrait son temps : le baoulé n’est qu’une des cinquante ou soixante langues de la Côte d’Ivoire, il est parlé très localement donc pas partout, il n’est enseigné par aucune école ni aucun professeur, aucun livre ne permet de l’étudier, et quand bien même on trouverait quelqu’un pour l’enseigner, à quoi cela servirait-il à un étranger, qui devrait y sacrifier de longues heures, prises forcément sur celles consacrées au travail pour lequel on le payait – notamment à instruire le garçon en question et ses centaines de condisciples ? Enfin, une fois revenu en France, que ferait un expatrié de ce savoir superflu ?

Ne pas parler le baoulé, mais avoir fait son métier consciencieusement, c’est la seule chose qui compte.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Mes parents ont vécu trois ans au Gabon, dans la "concession" où étaient tous les expatriés. Mon père a fait son boulot comme tous les expat'. Il n'a pas appris le gabonais. Dieu garde, quand on connaît son accent anglais. Enfin, anglais...
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Y

Je ne savais pas que le gabonais existait. De toutes façons, il n'y a plus de gabonais au numéro que vous avez demandé.