Mourir devant un garde-manger plein

Publié le par Yves-André Samère

La question des énergies fossiles qui nous restent est plus facile à poser qu’à résoudre. En fait, elle est philosophique.

Les énergies fossiles restantes, pétrole, charbon et gaz, voire uranium, subsistent en quantités dont on ignore l’importance, car cette importance varie selon le prix qu’on est disposé à payer pour les extraire : si une denrée se raréfie, on consent à exploiter les gisements là où l’exploitation, jusqu’ici trop onéreuse, devient indispensable. Nous avons donc devant nous un demi-siècle, peut-être un siècle en réserve. Et ensuite ? Plus rien, si on ne parvient pas entre-temps à maîtriser la fusion nucléaire – et cela fait soixante ans qu’on cherche...

Le problème philosophique est le suivant : quand bien même les pays avancés comme l’Europe et les États-Unis parviendraient – et consentiraient – à réduire leur consommation, les habitants de l’Inde et de la Chine, beaucoup plus peuplées et très en retard sur leur développement industriel, vont-ils consentir, eux, à se serrer la ceinture avant même d’avoir commencé à profiter des avantages dont nous jouissons déjà ?

De toute évidence, non ! Exiger d’eux ce que nous n’avons pas été capables de faire nous-mêmes serait outrecuidant, et relèverait du songe creux. Peut-on imaginer de ne plus produire son énergie à partir des carburants fossiles, sous le prétexte qu’ils vont manquer un jour, à une date que nous sommes incapables de prévoir ? Encore un instant, monsieur le bourreau, laissez-moi profiter de ce que je peux avoir, avant de mourir de froid. Un homme qui crève de faim ne va pas défuncter devant un garde-manger plein en songeant à ses enfants, déjà nés ou pas, et qui le videront de toute façon.

Tout en espérant un miracle, nous épuiserons nos énergies fossiles jusqu’au dernier gramme, parce que c’est ainsi que l’Homme est fait.

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