Encore Orelsan

Publié le par Yves-André Samère

Internet a ceci de particulier, qu’il permet à n’importe qui d’exhumer un fait insignifiant et oublié depuis des années, et, en le montant en épingle, d’en faire un semblant de sujet d’actualité. Ainsi de cette chanson que le rappeur Orelsan avait composée il y a trois ans, je crois, qu’il n’a jamais chantée en public et n’a pas enregistrée. Il n’en a existé qu’un clip vidéo, mais, à l’époque où ce clip fut tourné, YouTube et DailyMotion n’avaient pas la notoriété qu’ils ont aujourd’hui (je ne suis même pas certain qu’ils existaient), de sorte que ce clip n’avait été vu par personne ou presque. Puis quelqu’un, il y a un mois ou deux, l’a ressorti, et c’est ainsi qu’on a fait un objet de scandale d’un minuscule fait qui ne signifiait rien.

Résultat subsidiaire, pour avoir écrit deux modestes notules qui tentaient de remettre les choses en place, j’ai reçu un certain nombre de commentaires, que je me suis bien gardé de valider, pour ne pas verser d’huile sur le feu. Ils contenaient, soit des accusations sans preuve, soit des revendications féministes, comme, hier, celle émanant d’une lectrice de Puteaux qui pense user d’un argument valable en affirmant que les femmes représentent 53 % de la population – ce qui est complètement hors sujet.

En fait, tous ces visiteurs, qui sont surtout des visiteuses, réagissent en mauvais mathématiciens, en se basant sur un syllogisme boiteux, tel cet Anglais qui, débarquant à Calais et voyant une femme rousse, rentrait aussitôt dans son pays pour proclamer que TOUTES les Françaises étaient rousses ! En clair, c’est prendre la partie pour le tout.

Alors, mettons les points sur les « i » : dans sa chanson Sale pute, Orelsan n’a pas « insulté » TOUTES les femmes, il a invectivé UNE femme, d’ailleurs imaginaire. On ne peut en tirer aucune conclusion, ni lui faire un procès d’intention. Et l’on peut trouver curieux que mes visiteuses veuillent assimiler les femmes en général à CETTE femme infidèle !

Puis-je rappeler que dans sa pièce, L’avare, Molière fait dire à Cléante, le fils d’Harpagon, qui entendait lui prêter (par un intermédiaire) de l’argent « au denier quatre », c’est-à-dire à 25 %, cette réplique : « Comment diable ! Quel Juif, quel Arabe est-ce là ? C’est plus qu’au denier quatre ». Faudrait-il que les Juifs et les Arabes tentent de faire interdire L’avare ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

« L’avare » a dû être la première pièce de Molière que j’ai vue. Depuis, je l’ai revue dans bien des versions. Peu connue, celle de Daniel Prévost, excellente. Si seulement la
Comédie-Française se décidait à la reprendre sur un mode un peu plus comique que ce qu’ele fait habituellement !


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L

J'aime beaucoup MOlière et sa pièce "L'avare" est la parfaite représentation de son talent : on rit d'un bout à l'autre, même en la lisant !

Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur cette pièce sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)

Bonne continuation !!


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K
Mis à part le titre qui fait polémique, de toutes façons, Orelsan a prouvé avec son 'Perdu d'Avance' qu'il avait du talent.
A confirmer sur scène, le 23 mai, à la salle du Kao de Lyon.
Pour ceux qui ne connaitraient que le titre incriminé, en voilà d'autres:
http://kao-konnection.blogspot.com/2009/05/samedi-23-mai-orelsan-bless-yace-grow.html
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Y

Ce titre qui fait polémique, Sale pute, ne peut effaroucher que ceux qui manquent de culture. Il y a eu d’autres titres du même style, par exemple La putain respectueuse, pièce de
Jean-Paul Sartre, ou Dommage qu’elle soit une putain, pièce de John Ford (pas le cinéaste, le dramaturge du seizième siècle), mise en scène au théâtre par Visconti avec Alain Delon, ou
La maman et la putain, film de Jean Eustache. Seule la première a eu quelques ennuis avec l’affichage dans le métro, mais jamais il n’a été question de les interdire.