Railler le physique

Publié le par Yves-André Samère

Se moquer du physique des gens, ce n’est pas bien. J’ai assez tapé sur Stéphane Guillon, qui raillait les joues rebondies de Martine Aubry, pour n’avoir pas à me justifier quand je semble tomber dans ce travers. Je semble seulement, car il y a des cas exceptionnels.

D’abord, celui du président Sarkozy. On raille sa petite taille, et Didier Porte le fait fréquemment. C’est qu’en l’occurrence, on ne raille pas la petite taille de Sarkozy, mais son obstination à vouloir dissimuler ce très relatif défaut. Rappelez-vous la photo truquée, complaisamment publiée par les journaux, qui le montrait aussi grand que George Bush ; ou encore, vu cette semaine dans Le Petit Journal de Yann Barthès et au Zapping de Canal Plus, ce petit podium sur lequel il était juché pour prononcer un discours en public, précieux accessoire que le public, justement, n’était pas autorisé à admirer, et qui faisait gagner douze à quinze centimètres à l’orateur !...

Et puis, il y a ces professions pour lesquelles les caractéristiques physiques sont discriminantes, sans que ce fait soit discutable ni discuté, y compris par les intéressés. Par exemple, chez les chanteurs : si une contralto auditionne pour jouer la Reine de la Nuit dans La flûte enchantée, elle ne sera pas engagée ! Rien d’injuste là-dedans, elle ne peut tout simplement pas jouer le rôle, faute de posséder la tessiture exigée par Mozart. D’autres professions exigent ce qu’on appelle « une bonne présentation » : les hôtesses de l’air, les stewards, les hôtesses d’accueil des expositions ou des congrès, les présentateurs de télévision, sont très justement censés avoir un physique agréable – ou, au moins, qui ne soit pas repoussant. Et que penserait-on d’une danseuse qui aurait les genoux cagneux ou des guibolles de héron ?

Au cinéma et au théâtre, l’apparence est primordiale, car elle fonde la vraisemblance. Il m’est arrivé, sur mon site de critiques cinématographiques, de mentionner que Sandrine Kiberlain n’était pas crédible dans ce film où elle interprétait une fleuriste dont les trois personnages masculins tombaient amoureux : un, passe encore, mais trois à la fois et en même temps, non ! Ce n’est pas lui faire injure que de l’écrire, cette actrice est la première à dire qu’elle possède un physique « atypique ». Et jamais je n’ai prétendu qu’elle manquait de talent !

Tout récemment, j’ai aussi critiqué la distribution du rôle de la Môme Crevette, dans La dame de chez Maxim, à une actrice disgraciée. Mais, là encore, c’est parce que ce choix n’était pas crédible : ce personnage, le temps de la pièce, est censé séduire quatre hommes ! Il faut au minimum qu’elle ait un visage avenant. Or l’actrice aggravait la situation en grimaçant beaucoup, roulant des yeux, tordant la bouche, offrant ainsi un visage caricatural qui aurait découragé n’importe quel homme. Si encore cette actrice avait été distribuée dans le rôle de madame Petypon ! J’affirme que, de la part d’un metteur en scène, engager ce type de comédienne pour ce type de rôle, c’est aller à l’encontre des intentions de l’auteur. Et donc, friser la faute professionnelle.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Pensons à l'acteur Ticky Olgado qui était franchement laid, et qui a eu quand même des seconds rôles dans pas mal de films. Comme vous le dites, the right man at the right place. On l'aurait mal vu séduire trois femmes en même temps ! Alors que Delon avec sa belle gueule et son jeu de palourde...
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Y

Oh que c'est méchant de dire du mal du dieu vivant !