Inductions saugrenues et jugements hâtifs

Publié le par Yves-André Samère

L’un des travers les plus curieux de l’esprit humain, et peut-être l’un des plus irritants si l’on en est la cible, c’est cette manie des jugements hâtifs et des inductions saugrenues. Rappelons qu’une induction n’est pas une déduction, et que cela consiste, défini entre autres par le Littré, à conclure « que ce qui est vrai de certains individus d’une classe est vrai de toute la classe, ou que ce qui est vrai en certain temps sera vrai en tout temps », forme de raisonnement qui est totalement anti-mathématique !

Par exemple, si vous écrivez régulièrement sur un medium comme Internet, et que vous laissez, comme ici, la possibilité à vos visiteurs de commenter vos petits écrits, vous trouverez fatalement des visiteurs qui sont en désaccord avec vous. Normal. Or, si certains gardent les pieds sur Terre et restent polis, d’autres s’emballent, et, sous le prétexte que vous ne voyez pas les choses comme EUX les voient, ils en induisent toutes sortes d’hypothèses – rarement flatteuses à votre égard, et invariablement fausses ! Cela peut être agaçant, mais, une fois qu’on a compris et pris l’habitude, cela devient tout à fait rigolo.

Ainsi, naguère, j’avais écrit un article (pas ici) qui critiquait sans tendresse la vulgarité des sous-titres des films et séries télévisées étrangères. Je m’en tenais à leur contenu, mais j’avais eu la faiblesse de citer deux ou trois noms d’auteurs de sous-titres, sans du tout les traîner dans la boue pour autant. L’un, homme sérieux et conseiller municipal UMP de Fontainebleau, m’avait écrit pour me dire que cette vulgarité lui avait été imposée par son patron et qu’il était forcé d’obéir pour conserver son travail, mais une de ses consœurs, véritable furie, m’avait agoni d’injures, supposant, puisque je n’appréciais pas son travail, que j’étais totalement inculte, que je ne regardais que TF1, et que je ne lisais que « Voici ». Certes, un de mes amis, un temps, a été rédacteur à « Voici », mais je n’ai jamais lu son journal.

Plus tard, et parce que je n’avais pas apprécié tel film de deux heures et demie sur la fabrication du couscous, l’estimant trop gonflé (le film, pas le couscous) par des séquences inutiles, j’ai reçu un long message d’un type qui tenait à me faire savoir qu’il était professeur d’université et qu’il me tenait pour un raciste. Bien entendu, il ne savait rien de moi ni de ma vie, pour la bonne raison que je ne l’étale pas, faute d’en voir l’utilité.

Plus tard encore, j’avais émis des doutes sur une de ces informations bidons qui font le charme de France Inter. Il s’agissait cette fois de la tessiture d’une chanteuse qui venait de mourir, et à laquelle notre radio préférée attribuait une étendue de, je crois, cinq octaves. Intrigué, j’avais vérifié sur mon piano que l’étendue de sa voix ne dépassait pas trois octaves et deux tons, du ré 2 au fa dièse 5, ce qui est déjà respectable. Pour l’avoir écrit, je me suis fait fusiller par quelques fans de la chanteuse, pour lesquels, bien entendu, je ne connaissais rien à la musique. C’est faux, mais même quelqu’un qui ne connaît rien à la musique peut faire cette vérification, avec un instrument et les enregistrements de l’artiste. Seulement, j’avais déplu, minimisé les dons de l’idole, donc j’étais un ignare.

Encore plus tard, ayant critiqué une erreur historique énorme dans une émission de télévision sur Henry VIII, je me suis fait reprendre, bien à tort, par une lectrice de Montpellier qui m’a lu en diagonale, et qui m’accuse cette fois de ne regarder que Secret story –  que je n’ai jamais vu, car la vie est trop courte. Mais on a le TF1 facile, chez les accusateurs...

Au fond, le phénomène tend à devenir un jeu, et je commence à m’amuser beaucoup.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D

Ben c'est malin. Maintenant vos contradicteurs vont vous priver de ce plaisir !


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Y

Vous avez raison. Je dois être maso.