Adjectivement vôtre

Publié le par Yves-André Samère

Je tiens couramment les critiques littéraires pour des imposteurs. Gros lecteur moi-même (je ne parle pas de mon tour de taille, mais de la quantité de livres que je lis), je suis bien placé pour savoir que lire un livre prend bien plus de temps que voir un film ou une pièce de théâtre, puisque je fais les trois, et qu’un type qui se vante d’avoir « relu Proust » pendant son week-end « est un foutu menteur », comme chantaient naguère Les Parisiennes, groupe vocal assez réjouissant, dans leur chanson L’argent ne fait pas le bonheur.

Or, non seulement ces messieurs-dames de la critique littéraire ne lisent pas les livres dont ils rendent compte (écoutez Le masque et la plume si vous êtes sceptiques, vous serez édifiés sur ces fumistes), mais ils édictent des règles absurdes, qui frisent le terrorisme intellectuel. Ainsi, un auteur qui se respecte ne devrait employer ni adverbes ni adjectifs dans ses textes. S’il le fait, son style se relâche, il est lourd, « inutilement descriptif », aussi démonétisé qu’un peintre qui ferait un tableau ressemblant.

J’avoue n’avoir jamais compris ce point de vue et cette condamnation. Pourquoi devrait-on se priver de certaines catégories de mots, ainsi frappées d’anathème ? Certes, je conviens que placer dans une phrase plusieurs adverbes en -ment, c’est peu élégant et sonne mal (il y a un exemple réjouissant, dans Les femmes savantes de Molière, au troisième acte, lorsque Philaminte loue le poème de Trissotin : « J’aime superbement et magnifiquement : ces deux adverbes joints font admirablement ! »), mais quel mal font les adjectifs ? Et pourquoi le génie de la langue française aurait-il créé les adjectifs, si l’on ne devait pas s’en servir ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D

Je me régale quand les critiques disent "...et ce livre, en plus, ne fait que 150 pages". Comme si c'était une qualité.
L'auteur avait dû en effet supprimer tous les adjectifs, les verbes et l'inspiration !


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