Afrique : à qui le tour ?

Publié le par Yves-André Samère

Le plus étonnant n’est pas qu’on se révolte au Burkina Faso. Le plus étonnant, c’est que cela ne se soit pas produit plus tôt, quand on sait qui est le chef d’État de ce pays, l’un des plus pauvres de la planète.

Jusqu’en 1987, le président de ce pays, qui d’ailleurs choisit d’en modifier le nom (auparavant c’était la Haute-Volta), s’appelait Thomas Sankara, et il avait tous les défauts. Pensez, il était de gauche et vivait modestement. Simple capitaine, il habitait une villa toute simple et conduisait lui-même sa R5. Un exemple aussi exécrable ne pouvait qu’indisposer ses collègues et voisins, surtout Félix Houphouët-Boigny, président de Côte d’Ivoire, qui, lui, s’était fait photographier devant son tas de lingots d’or par « Le Figaro Magazine » (je possède la photo quelque part), et avait déclaré à la télévision, en 1983, dans une conférence de presse de quatre heures, qu’il avait des milliards et les planquait en Suisse (authentique !).

Malheur à lui, Sankara avait un homme de confiance, tout comme Allende au Chili, et son Pinochet à lui était donc Blaise Compaoré, qui se laissa facilement persuader par Houphouët de monter un coup d’État au Burkina Faso, ce qui fut fait le jeudi 15 octobre 1987. Naurellement Sankara fut tué, c’est la coutume, et Compaoré déclara que c’était un accident, avant de s’asseoir dans son fauteuil et de déplorer qu’il ait « trahi l’esprit de la révolution ». Mais comme il élimina aussi deux chefs révolutionnaires, Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, accusés de complot contre lui, et qu’il refusa toute enquête sur les circonstances de la mort de Sankara, un odieux soupçon a continué de peser sur lui.

Les gens sont méchants.

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