Arturo Brachetti

Publié le par Yves-André Samère

Bien sûr, qu’il faut aller voir Arturo Brachetti aux Folies-Bergère ! Surtout si on ne l’a jamais vu auparavant. Bien que ce troisième spectacle, d’ailleurs prolongé jusqu’à la mi-janvier, soit un peu moins bon que les deux premiers, et qu’il y reprenne à la fois le thème du précédent – le cinéma et ses souvenirs d’enfant – et un certain nombre de numéros, Brachetti se produit si peu souvent et il possède un tel génie visuel que c’est malgré tout unique. À ma connaissance, il n’existe aucun autre émule de Fregoli sur scène.

Cependant, qui osera le dire, quand les détenteurs de la fameuse « carte » sont intouchables ?, mais naguère, Brachetti stupéfiait ; aujourd’hui, il se contente d’étonner. L’artiste, qui a maintenant cinquante-trois ans, est beaucoup moins rapide, on doit l’avouer. Et le décor extraordinaire de son deuxième spectacle, cette caisse géante qui se prêtait à toutes les transformations, a fait place à de simples projections sur écran translucide ou panneaux mobiles, or on voit cela dans d’innombrables pièces de théâtre, à présent...

À cela s’ajoute un vrai point noir, et qui fait regretter le Théâtre Mogador où Brachetti passait les deux fois précédentes, c’est la salle, les Folies-Bergère, donc. Temple du faux luxe et du vrai kitsch, où d’immenses galeries désertes n’offrent pas le moindre siège, où les loges, interdites à tout individu pourvu de fémurs normaux, sont équipées de chaises rembourrées aux noyaux de pêche, où l’on se prend les pieds dans la moquette élimée qui se décolle, cet immense vaisseau sur trois niveaux, où jouèrent Chaplin et Gabin, et qui accueille, si l’on peut dire, des centaines de spectateurs, n’a, en fait de toilettes, que DEUX cabines par étage. Et dans quel état ! Pas non plus de séparation Hommes/Femmes. Je sais, le détail est trivial, voire saugrenu. Mais enfin, cet après-midi, au premier balcon, pas moins de vingt personnes patientaient, entassées dans un escalier. La direction doit ambitionner de concurrencer le Point-Virgule... Passons, et revenons à l’artiste.

Brachetti, je l’ai connu avant qu’il soit célèbre, par son premier film – français –, Clémentine tango, tourné en 1983 (il avait vingt-six ans) mais que je n’ai vu qu’en 1999. Il avait encore les cheveux longs et y incarnait un danseur de cabaret ; en fait, on ne voyait que lui. Il n’a fait au cinéma que trois longs-métrages, tous inconnus. Bref, le cinéma qu’il aime tant l’ignore.

Mais, histoire de rire sainement, un épisode grotesque. Cette semaine, « Le Canard enchaîné » a rendu compte de ce spectacle, en page 6, et l’articulet est signé des seules initiales « A.A. ». Ha ha ! Le cher Albert Algoud qui, sans doute par modestie, se cache derrière, a vu sur scène « presque cent personnages » (il n’y en a pas tout à fait cinquante), et il y a remarqué « Spiderman en escalade vertigineuse ». Or, pas plus de Spiderman chez Brachetti que de cinéphile au « Canard » : en fait, c’était King Kong !

C’est beau, la culture...

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