Athée ou agnostique ?

Publié le par Yves-André Samère

Il est arrivé qu’on me demande : « Mais quelle est donc votre religion ? ». Comme j’appartiens au peuple le plus spirituel du monde, j’ai chaque fois riposté finement : « Mais pourquoi diable voudriez-vous que j’aie une religion ? ». Puis, bombant le torse, j’ai ajouté : « Moi, monsieur, je suis athée ! ». Parfois même – toujours le peuple le plus spirituel du monde – j’ai complété cette fière déclaration par le mot de mon idole Georges Brassens : « Dieu merci ! ». Oui, je suis athée, mais j’ai des idoles. Fichez-moi la paix.

Or, on m’a fréquemment corrigé : « Mais non, mon bon monsieur, vous êtes trop épris d’absolu pour être athée. En fait, vous êtes agnostique, tout simplement ».

Je ne me savais pas épris d’absolu, mais je suis épris du sens des mots. Athée, agnostique...

Le Littré explique que le mot athée signifie « Celui qui ne croit point que Dieu existe », mais il ignore agnostique. Le dictionnaire de l’Académie française, dans son édition de 1762, donne pour athée la définition « Celui qui ne reconnoît point de Dieu », mais ne connaît pas davantage agnostique. Celui de Furetière, en 1690, donne pour athée cette explication : « Qui nie la Divinité, qui ne croit pas en Dieu, ni en sa Providence, qui n’a point de Religion vraye, ni fausse ». Bien entendu, lui aussi ignore agnostique. La Curne (dictionnaire du XIIIe au XVIe siècle), fait encore mieux : il ne connaît aucun des deux mots, et ne définit que atheiste (sans accent), dont l’explication est : « Athée » ! Ce qui fait beaucoup avancer le schmilblick, convenez... Enfin, Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, consacre un très long article à athée, mais ignore lui aussi agnostique. Je me suis donc rabattu sur le Larousse du XXe siècle (je n’allais tout de même pas consulter le Robert !), lequel affirme qu’un athée est « Celui, celle qui nie l’existence de Dieu », alors qu’un agnostique est un partisan de l’agnosticisme, « doctrine philosophique qui déclare l’absolu inaccessible à l’esprit humain et professe une complète ignorance touchant la nature intime, l’origine et la destinée des choses ». En somme, un agnostique est celui qui ne sait rien sur la question, et qui s’en vante.

Eh bien, désolé, mais je reste sur ma position de départ. Je ne me sens pas agnostique pour un kopeck. Je suis athée. A-T-H-É-E. Grâce à Dieu !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

A
"Je fonde ma conviction sur la lecture des livres dits « sacrés » (lire la Bible m’a pris trois ans), qui démontrent à toutes les pages l’inanité de ce genre de croyance."<br /> La Bible, que j'avais fréquentée au temps où, épisodiquement, je croyais croire, m'était tombée des mains. Agnostique, ce n'était plus un livre pour moi. Jusqu'au jour où un ami me l'a révélée comme "patrimoine d'humanité". Sous cet angle j'y ai découvert une grande richesse qui m'alimente beaucoup.
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Y
Je n’y ai découvert aucune forme d’« humanité », riche ou pas. À moins de considérer comme telle l’incitation permanente au massacre des Juifs, qui ferait passer Hitler pour un doux émule des Klarsfeld ; le fait pour un père, à Sodome, d’inciter une bande de violeurs à violer ses propres filles plutôt qu’un hôte de la maison ; ou de déclarer les enfants coupables des fautes de leurs parents jusqu’à la septième génération. Ou encore, le récit plein d’humanité de ce mari qui avait découpé sa femme en douze morceaux avant d’en envoyer une part à chacune des douze tribus d’Israël.<br /> <br /> Essayez de vous «  alimenter » avec autre chose de moins vomitif.
A
On me propose d'écrire une annerie : ça tombe bien, c'est mon nom !<br /> Distinguer les agnostiques des athées sur le fait d'être épris d'absolu, c'est se moquer des athées !<br /> Puis-je y aller de ma petite définition ? Pardon, elle est un peu longue. L'agnostique vit dans le doute radical, sans la plus infime conviction ou expérience fiable sur l'existence ou la non existence d'une force supérieure, qu'on la nomme Dieu ou autrement. "Celui qui ne sait rien et qui s'en vante" ? Non, je ne m'en vante pas, c'est ainsi, tout simplement : le doute radical, total.<br /> Merci à Yves-André Samère pour ses références aux dictionnaires et à la longue absence de définition : c'est vrai que le mot n'est vraiment sorti dans cette acception de doute intime qu'à la fin du 19ème siècle, notamment avec Thomas Huxley. J'ajouterai à ces références une petite information : il existe à la Bibliothèque Nationale une cinquantaine de livres sur l'agnosticisme et... plus de 1.200 sur l'athéisme... Des chiffres qui parlent tout seuls. Et quand on sait que certains se disent encore "croyants agnostiques" ou "chrétiens agnostiques", on voit qu'il reste du chemin à parcourir pour faire comprendre cette identité très spécifique... Merci d'essayer.<br /> Anne Boulanger-Pécout, auteur de "De la croyance à la perplexité, Itinéraire d'une agnostique"
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Y
Sans le nommer, je faisais référence à un de mes cousins, qui d’ailleurs ne me lit jamais car il ne pige rien aux ordinateurs et n’a pas Internet, un homme lettré qui lit en revanche le vieux français et conseille des étudiants en littérature ancienne, et qui, chaque fois que je me disais athée, me répliquait « Non ! Tu n’es pas athée, tu es agnostique ! ». Or je me connais depuis ma naissance, je sais fort bien ce que je suis, et possède la certitude que Dieu n’existe pas. Rien à voir, donc, avec le désir d’absolu, qui me laisse indifférent. Par conséquent, je fais plus que douter, en cette matière, et je fonde ma conviction sur la lecture des livres dits « sacrés » (lire la Bible m’a pris trois ans), qui démontrent à toutes les pages l’inanité de ce genre de croyance.<br /> <br /> PS : je viens de commander votre livre.