« Au final » ?!

Publié le par Yves-André Samère

Si, par un processus inexplicable, vous avez abouti à cette page ; si, cédant à une obstination que je m’explique encore moins, il vous arrive d’y venir plusieurs fois, vous avez dû constater que j’embête tout le monde avec un autre genre d’obstination : mon obsession de la langue française, qui va jusqu’à considérer que mieux vaudrait prostituer sa grand-mère, sa petite sœur, voire son petit frère, plutôt que de commettre une faute de français.

Or l’une des expressions à la mode qui m’irrite le plus, c’est au final. Il faut dire qu’elle ne semble pas gêner grand monde, alors que sa répétition constante dans les médias (je l’entends une demi-douzaine de fois par jour, à la radio comme à la télévision, et je ne parle pas des journaux écrits sur papier ou sur Internet) a de quoi mettre les nerfs en pelote. Dès notre première rencontre, à elle et à moi, m’est apparue cette évidence : au est un article ; un article ne peut précéder qu’un nom ; et final n’est pas un nom, c’est un adjectif. Point, euh... final, si j’ose dire.

De toute évidence, les ignares qui l’utilisent, soit ne connaissent pas la grammaire, soit ils confondent avec LA finale d’un match de foot, ou avec LE finale – mot italien – d’un opéra. Or ces ignares-là pullulent autant que les décérébrés dans le public applaudisseur du Grand Journal.

Quoique tout à fait sûr de moi (comme toujours, disent les mauvaises langues), j’ai soumis le raisonnement qui précède à Jacqueline de Romilly, peu avant sa mort il y a presque quatre ans, et la grande helléniste et membre de l’Académie française l’a cautionné par un courrier de sa main (ou plutôt de la main de son amie et secrétaire, car elle est aveugle). Vous pensez bien qu’avec cette approbation, j’étais le roi du monde !

Et voilà que ce matin, je trouve à la FNAC un petit livre intitulé Dire ou ne pas dire, justement produit par l’Académie et paru aux éditions Philippe Rey – à ne surtout pas confondre avec le redoutable Alain Rey, qui préside à cette horreur qu’est le dictionnaire Robert, la justification de toutes les cancreries. Et, à la page 27 de ce livre, on peut lire l’article consacré à au final, disant « On fait de l’adjectif final un substantif dans la construction au final, grammaticalement fautive, qui se répand sans que rien la justifie ». Fermez le ban, l’Académie confirme, c’est bien une faute de grammaire.

Elle suggère de remplacer cette abomination par finalement, en dernier ressort, en dernière analyse, pour finir, à la fin, en dernier lieu. Mais c’est peut-être trop sophistiqué pour un bavasseur de micro ou un scribouillard du « Canard ». Pauvres gens.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Il faut se méfier de ces mots et expressions qui apparaissent brusquement, alors que personne ne les employait. Ce sont toujours des phénomènes de mode : le public s’emballe et les utilise à
outrance parce qu’il a soif de nouveauté, sans autre justification.

Et souvent, cela passe au bout de quelques années, parce que la nouveauté a vieilli et qu’on a trouvé autre chose. On dit moins « c’est vrai que », aujourd’hui, et encore moins « au
niveau de ». En somme, il suffit parfois de patienter.
Répondre
J
Bien, je note, car je l'utilise. "En dernier ressort" a nettement plus de gueule ! Adopté !
Répondre