Basé sur une histoire fausse

Publié le par Yves-André Samère

Depuis quelques années, pas une semaine ne se passe sans que sorte un film dont le générique annonce fièrement : « Basé sur une histoire vraie » (ou sur des faits réels, ce qui revient au même). Naturellement, le public n’a AUCUNE garantie qu’il ne s’agit pas d’un simple coup publicitaire, mais admettons.

Eh bien, je vous le dis, j’en ai par-dessus la tête, et je rêve d’un film qui annoncerait, non moins fièrement, qu’il est basé sur une histoire complètement inventée !

J’exagère ? Pas vraiment. Les grands maîtres du cinéma occidental, dont pas un seul ne survit, filmaient des histoires qu’ils écrivaient eux-mêmes ou qu’ils faisaient écrire par de bons scénaristes, fréquemment à partir de romans, et n’allaient pas souvent chercher leur inspiration dans les journaux. Hitchcock, le plus grand réalisateur de l’histoire, sur cinquante-trois longs-métrages, n’a utilisé qu’une seule histoire vraie, pour The wrong man (en français, Le faux coupable, avec Henry Fonda). Kubrick, jamais (Les sentiers de la gloire, contrairement à ce qu’on croit souvent, est bien tiré d’un roman, que j’ai lu). Visconti, Bergman, Buñuel, Fellini, Chaplin, Welles, ont ignoré ces « faits réels » et sont restés sur des fictions, de même que ces maîtres qu’étaient Jacques Tati, Jean Renoir, Marcel Carné, Julien Duvivier, Jean Grémillon et pas mal d’autres.

Comment s’explique alors cette mode ? De toute évidence, par le manque d’imagination et de professionalisme de la part des auteurs et réalisateurs. Naguère, dans le cinéma, on apprenait son métier durant des années. Aujourd’hui, la première andouille venue, surtout pourvue d’un père ou d’une mère bien placés, peut faire ses premières armes au cinéma sans avoir rien appris. Le résultat est foudroyant : nos politiques se vantent partout de la bonne santé du cinéma français, oubliant de préciser que, sur les deux cents films fabriqués chaque année en France, il n’y en a pas vingt qui passent le cap de la deuxième semaine d’exploitation en salles.

Mais étendons un  peu le champ de cet article : cette semaine, j’ai entendu, à la radio ou la télé, quelqu’un qui disait que, si les acteurs britanniques sont les meilleurs du monde (évidence criante), c’est parce que, ne pouvant bénéficier du statut spécial des intermittents français, les acteurs anglais sont obligés d’apprendre (et de bien faire) leur métier, s’ils veulent trouver du travail et le conserver. C’était sarcastique, un peu caricatural, politiquement incorrect, pas vraiment aimable, mais, tout de même... un peu vrai !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Mon premier paragraphe annonçait la couleur, je ne visais que le cinéma, et ces films qui singent l’authenticité. Rarement on voit un livre se vantant, pour attirer des lecteurs, d’être basé sur
une histoire vraie.
Répondre
C
Je suis d'accord pour dire que je ne comprends pas bien ce qui rehausse la qualite d'un film en s'inspirant de faits de reels et que ce n'est peut-etre que de la faineantise des scenaristes. Mais
dans la litterature, ce n'est pas forcement un mal : "Madame Bpvary" ou "Le Rouge et le Noir" sont tires de faits divers et sont des chefs-d'oeuvre.
Répondre