Bourse : jouez plutôt à pile ou face !

Publié le par Yves-André Samère

Investir en Bourse (le mot spéculer est un terme polémique et inexact, puisque jamais, au grand jamais, on n’est assuré de gagner de l’argent), investir, donc, c’est devenu quasiment improductif, tout au moins dans les bourses occidentales. Ce que celles-ci connaissent depuis deux ans, ce n’est pas un krach. Il y a déjà eu des krachs dans les dernières décennies – disons, depuis la Deuxième Guerre Mondiale –, or ces phénomènes ont tous été vite effacés, et, en quelques mois, la situation redevenait plus prospère qu’auparavant. Laissons de côté celui de 1929, qui rappelle la crise actuelle, et qui a mis plus de vingt ans avant d’être effacé. La crise actuelle n’est pas un krach, c’est un basculement de l’économie mondiale, qui fait que le centre du monde économique n’est plus en Occident, mais en Asie principalement. Autrement dit, soit nous investissons en Asie, soit nous nous ruinons.

Dans cette perspective, comme on dit sur les sites et blogs mieux écrits que celui-ci, inutile de compter sur les journaux économico-financiers. D’une part, ils n’ont jamais largué ce qu’ils appellent « l’analyse graphique » des cours de bourse, une lubie dont je reparlerai peut-être une autre fois et qui fait fi de ce principe selon lequel l’évolution passée d’une valeur boursière ne permet en rien de prévoir son avenir : ces journaux sont remplis de ces graphiques bidons qui plaisent aux clients et les rassurent bien à tort. D’autre part, il y a les avis des spécialistes, dont on ne peut tirer aucune certitude, puisque l’habitude journalistique consiste à imprimer côte à côte un pour et un contre, ce qui aide puissamment le candidat à l’investissement boursier.

Et puis, il y a les conseils tout aussi bidons, qui rappellent beaucoup ceux dispensés par les spécialistes de courses de chevaux. Franchement, si quelqu’un dénichait vraiment un bon tuyau permettant de gagner de l’argent, en bourse ou sur un canasson, croyez-vous qu’il serait assez bête pour le publier dans un journal ? S’il conseille d’acheter tel titre et que ses lecteurs se précipitent en foule pour l’acheter, le prix du titre montera automatiquement, et les amateurs l’achèteront à un prix surestimé ; s’il conseille de vendre et qu’une foule de possesseurs du titre suivent le conseil, son prix va baisser exagérément, et tous les vendeurs perdront de l’argent ! Quant au donneur de conseil, il aura gaspillé son tuyau, au lieu d’en profiter tout seul, dans son coin.

La solution consiste peut-être à conseiller l’achat dans telle page du journal, et la vente quelques pages plus loin. C’est sans doute le raisonnement qu’a tenu le journal français « Le Revenu », qui est le plus réputé de France et qui existe depuis une quarantaine d’années. Cette semaine, à propos de l’action Lafarge (les fabricants de ciment), ce journal écrit page 4, sous le titre Lafarge : l’inquiétude de la dette, cette sentence définitive : « La confiance est entamée. Le titre pourrait revenir tester son plus-bas pour un an. Nous passons à vendre », et conclut donc : « Vendez ». Mais, page 26, dans sa rubrique « Analyse graphique » et avec le commentaire « Tendance baissière », il sous-titre « Achetez vers 40 euros » et conclut : « En attendant, acheter ou enforcer vers 40,50 euros semble judicieux ».

Voilà, vous êtes fixés. Vite, abonnez-vous !

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