Ce qui, de la langue, évolue vraiment

Publié le par Yves-André Samère

On entend souvent dire que la langue évolue ; mieux, qu’elle DOIT évoluer! Mais les étourneaux qui ressassent ce lieu commun font erreur sur ce qu’ils appellent « la langue » – preuve qu’ils ne savent pas très bien ce que c’est. En fait, ils veulent dire que l’orthographe évolue. Mais l’orthographe, ce n’est pas toute la langue, c’est en réalité la partie la moins importante, bien que ce soit celle qui émerge.

La langue, pour faire vite, c’est le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe, la prononciation, et l’orthographe en dernier lieu. Ainsi, le vocabulaire se modifie peu à peu, soit sous l’influence des langues étrangères, soit sous celle des modes. Ce qui se traduit tantôt par des ajouts, heureux ou pas, ce n’est pas mon propos ici, tantôt par des disparitions, ce qui est fâcheux, car d’innombrables mots savoureux, pittoresques, et... précis, disparaissent des dictionnaires. Voir l’attention que leur portent les Québécois, ou Bernard Pivot. Ainsi, de nombreux termes techniques ne disent plus rien à qui que ce soit...

La prononciation aussi change souvent. Je n’insiste pas là dessus, et rappellerai simplement qu’à la Cour de Versailles, Louis XIV se désignait lui-même comme le roué (ce qui est drôle quand on songe au sens du mot homophone, et que cela n’aurait pas beaucoup plu à madame de Maintenon). Dans certaines pièces de théâtre de cette époque, il n’est pas difficile de dénicher des vers qui, de ce fait, aujourd’hui, ne riment plus !

En revanche, grammaire et syntaxe ont été fixées après le quinzième siècle, et n’ont plus guère changé. Lisez n’importe quel texte classique, il est parfaitement compréhensible, sans la moindre peine : Villon et Rabelais nécessitent encore un effort, Molière et Racine, plus du tout.

Sur la question de l’orthographe, je suis le contraire d’un intégriste, et j’ai partiellement modifié la mienne, ayant reconnu le bien-fondé des recommandations faites par l’Académie française en 1990. Il y a quelques mois, un lecteur un peu passéiste m’a reproché d’avoir écrit évènement au lieu d’événement, qui est l’orthographe traditionnelle : il me soupçonnait d’ignorer les règles. Mais non, je le faisais exprès, et c’est lui qui ignorait le bon sens. L’orthographe traditionnelle était bourrée d’absurdités injustifiables, il aurait été idiot de s’y accrocher. C’est pourquoi j’écris désormais vingt-et-un et non plus vingt et un, ou deux-cents et non plus deux cents, ou argüer et non plus arguer, puisque le U doit se prononcer.

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