Celui qui avait enfin la carte

Publié le par Yves-André Samère

À première vue, quand on n’a pas la carte, il semble très difficile de l’obtenir. C’est vrai, mais on connaît pourtant quelques exemples d’exceptions. Je continue de les prendre dans le domaine du cinéma, où le phénomène est plus frappant.

Il y a d’abord le plus récent, celui de Pascal Thomas. Ce réalisateur, né en 1945, a débuté en 1973 avec des comédies populaires, Les zozos, Pleure pas la bouche pleine, Le chaud lapin ou Un oursin dans la poche, que la critique ne se donna seulement pas la peine de mentionner. Il resta donc largement ignoré, sauf de la part du public, mais on sait qu’en cette matière, le public est de trop, comme disait Henri Jeanson. Les années passèrent sans que la situation changeât beaucoup, jusqu’en 1999, où il réalisa La dilettante, avec une Catherine Frot qui végétait, elle aussi, depuis 1975 ! Et là, miracle, le réalisateur et son actrice devinrent des vedettes, d’un seul coup, sans qu’on sache pourquoi, et le sont restés. Depuis, Pascal Thomas est même invité sur France Inter, dans Le masque et la plume (il a fait partie d’un jury littéraire sans jamais avoir écrit le moindre livre, jury qui a donné un prix de soixante mille euros à Jérôme Garcin, lequel préside cette émission par le plus grand des hasards). Cette fois, Pascal Thomas a la carte, et ne la lâchera plus !

Les deux autres exceptions concernent deux personnages beaucoup plus connus, mais qui furent méprisés tout au long de leur vie par l’intelligentsia, et toujours au rebours des goûts du public, qui leur faisait fête. Il s’agit de Sacha Guitry et de Marcel Pagnol, auteurs qui se fichaient bien de la critique, d’ailleurs. Ils durent patienter... jusqu’à leur mort. Alors, la Nouvelle Vague «les redécouvrit » : Guitry, quand on s’aperçut qu’il avait adapté de façon très novatrice son roman Les mémoires d’un tricheur (devenu au cinéma Le roman d’un tricheur, admirez le changement de titre), et qu’il n’était, contrairement à la légende, ni prétentieux ni mégalomane ; et Pagnol, quand on comprit enfin qu’il n’était pas seulement l’auteur de... pagnolades fondées sur l’accent du Midi. Alors oui, tous deux négligeaient la technique, faisaient de faux raccords, et même, dans le cas de Guitry, avaient laissé apparaître quelques caméras qu’on n’aurait pas dû voir dans le champ de l’image. Mais c’était de véritables auteurs, avec un style, et aujourd’hui, on leur tresse des couronnes.

Un peu tard, peut-être... Mais, pour une fois, la carte est justifiée par le seul talent. Et surtout, impossible de la leur retirer !

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