Celui qui n’avait pas la carte

Publié le par Yves-André Samère

Comme je le faisais remarquer, avoir la carte, ou pas, est souvent une question d’opinion politique. Nous avons bien vu que tous les artistes qui ont participé à la fiesta de Sarkozy sur la place de la Bastille en 2007 ont aussitôt perdu leur réputation... et la plus grande partie de leur public. Mais laissons cela, et intéressons-nous à deux exemples pris dans le monde du cinéma et n’ayant que peu à voir avec la politique. Il s’agit de Claude Lelouch et de Steven Spielberg.

Lelouch n’a été apprécié que durant une courte période, quand son film Un homme et une femme, son sixième long métrage mais le premier qui ait eu du succès, a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes, en 1966. Ensuite, quelques films distrayants n’ont pas entamé sa réputation, jusqu’à ce qu’il se mette à penser, et sorte en 1975 un film de deux heures et demie, Toute une vie, où il exposait sa philosophie de l’existence. Immédiatement, toute la critique lui tombée dessus, sous le prétexte qu’un cinéaste populaire ne devait pas changer de catégorie en se mettant à réfléchir et surtout à faire part de ses réflexions. Dès lors, tout était dit, et il est devenu de bon ton d’ignorer que Lelouch était un bon cinéaste, doté d’une vaste culture cinématographique, inventif, et merveilleux directeur d’acteur, au point que, sous sa direction, même Bernard Tapie faisait illusion ! Et cette blague vacharde a commencé à circuler : « Ne ratez pas le dernier film de Lelouch, son auteur s’en est chargé lui-même ». C’était infondé, mais il ne s’en est jamais remis. Certes, cela ne lui a pas nui auprès du public, et, pour être allé sur invitation dans sa maison de production des Champs-Élysées (il était présent), je peux témoigner que, financièrement, il n’en a pas été ruiné...

Spielberg, c’est presque la même chose, puisque ses succès sont constants depuis son téléfilm, Duel, si réussi qu’on l’a sorti au cinéma (après rajout d’une scène inutile destiné à le corser un peu) et qu’il l’a rendu célèbre instantanément. Spielberg n’a quasiment connu aucun bide, mais la critique française le déteste, au point d’affecter d’écorcher son nom en prononçant « Chpilbergue » – preuve que les critiques français ne connaissent pas l’anglais. Il a beau faire et accumuler les triomphes, on le traîne dans la boue, quelle que soit la catégorie de son dernier film. Au point, parfois, d’influencer le public et de faire capoter sa dernière production, ainsi qu’on l’a vu il y a un an et demi, quand ce très beau film qu’était Cheval de guerre s’est ramassé en quatre semaines. Mais on avait traité Empire du Soleil, en 1987, avec la même ignominie. Pourtant, Spielberg, bien qu’inégal, est un cinéaste fascinant, et son génie de réalisateur ne peut être contesté. Mais voilà, il gagne beaucoup d’argent, et ça, c’est impardonnable.

Mais on connaît le phénomène : bien avant lui, Cecil B. DeMille, l’homme qui avait fondé Hollywood, avait été traité de tous les noms !

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