César du déballage

Publié le par Yves-André Samère

Je tends à croire que notre société de consommation a pris un chemin qui nous envoie directement dans l’ornière (marre des gens qui disent « envoyer dans le mur »). Ainsi, aucune vie domestique n’est possible, aujourd’hui, si on ne possède pas au moins un instrument coupant et pointu, au point que je songe à me procurer un couteau à cran d’arrêt.

Non, je ne me plains pas de l’augmentation de la délinquance dans mon quartier des Halles. D’ailleurs, la délinquance, depuis que la gauche est au pouvoir et que Manuel Valls est « devenu le ministre préféré des Français » – comme on dit dans les radios-télés –, la délinquance, disais-je, a complètement disparu, notamment au jardin des Halles.

(Pardon, on me souffle dans mon oreillette que c’est surtout parce que ledit jardin a lui-même disparu au profit d’un vaste chantier, parti pour durer cinq ans, et qui doit rappeler bien des souvenirs aux vieux du quartier, lesquels ont connu le célèbre « trou des Halles », chef-d’œuvre du gaullo-pompidolisme immobilier des années 60 et 70)

En fait, je vise l’impossibilité, sans instrument, d’ouvrir le moindre paquet de biscuits, la moindre boîte de thé en sachets, le moindre flacon, voire le moindre emballage abritant un régime de bananes. Tenez, j’aime assez les asperges, et justement on les vend en flacon. Mais je vous défie d’ouvrir un de ces flacons, dont le couvercle semble scellé à la colle forte, sans recourir à la dynamite – opération préjudiciable au contenu. Résultat : je ne mange plus d’asperges depuis longtemps, et j’en ai oublié le goût.

Ce matin, j’ai vu en magasin de petits flacons de sirop d’érable. Comme je n’ai jamais goûté de sirop d’érable, je me suis décidé à en acheter, en dépit de son prix astronomique, mais soyons fous. Or, une fois chez moi, il m’a fallu une demi-heure pour ouvrir le contenant, clos par une capsule en plastique résistant à tout. J’ai failli casser un couteau, puis une paire de tenailles, avant de parvenir à effilocher suffisamment la capsule pour pouvoir la dévisser. Horreur : au-dessous, aucun bouchon, c’était la capsule qui en faisait office. Et donc, massacrée par mes soins, elle ressemble à présent aux vestiges d’une mine antipersonnelle après explosion, et elle ne bouche plus rien. Je réclame que l’inventeur de cette capsule soit lui-même encapsulé, de préférence dans la cellule de Luka Magnotta, puisque l’un et l’autre sont en résidence au Canada.

Et les DVD ? Vous êtes capable d’extirper un DVD de sa carapace de plastique ? Même avec les dents, impossible, il vous faut un cutter ou des ciseaux (très pointus). Que celui qui a réussi à désemballer un DVD avec ses seuls doigts se fasse connaître, je lui promets un César du déballage.

Conclusion, les objets usuels sous emballage sont plus inatteignables que le contenu des coffres-forts de la Banque de France.

(Et, en fin de compte, le sirop d’érable, ce n’est pas si bon. Ça ne vaut pas le miel)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
En effet, le mot n’est pas logique. Mais il ne faut pas oublier qu’il est probablement d’origine militaire !
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D
Dans cette histoire de "mine antipersonnel(le)", j'avoue être très perplexe. Cela ne veut rien dire, au masculin comme au féminin. Pourquoi pas "anti-personnes" (obligatoirement au pluriel, car
"personne" a deux sens au singulier).
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Y
Je sais bien qu’on écrit habituellement « mine antipersonnel », mais je me soucie davantage de la logique que des habitudes. Or je trouve au moins deux raisons d’orthographier comme je
l’ai fait.

1. Le mot en question est un adjectif, qui qualifie ici « mine », nom féminin. Donc, logiquement, il doit se mettre aussi au féminin.

2. Ces mines ne visent pas du PERSONNEL, c’est-à-dire des employés d’une firme ou d’une administration, mais des PERSONNES. Or ce mot est aussi féminin.

Mon credo est de suivre la logique, encore une fois. C’est d’ailleurs pourquoi j’écris toujours « argüer », et non « arguer ».
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T
Cher YAS, vous qui vous souciez de l'aurtografe comme moi, pourquoi écrire "mine antipersonnelle" et non "mine antipersonnel"? Ne vous inquiétez pas, rien de personnel dans l'affaire...
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Y
Merci pour le lien de la vidéo. Ce garçon fait en images (un peu répétitives) ce que j’exprime avec mes pauvres mots. Je crois que je vais consulter de temps en temps son site.
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D
C'est donc vous que l'on voit ici?
http://www.mosaiquevideo.com/092012/ces-ouvertures-d-039-emballages-qui-nous-enervent.html
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D
Je ne peux qu'approuver ce que vous venez de dire.
Une languette "ouverture facile". On déchire tout l'emballage que la languette "ouverture facile" reste stoïquement hermétique. Les bocaux ? Si, vraiment si, on arrive dans un effort titanesque à
ouvrir le couvercle, vu la position que l'on a prise, l'intérieur (avec le jus) se répand sur vos genoux. Les "blister" ? On ruine le contenu avant même que le plastique ait cédé.
Je pense à mon père qui avait toute une batterie d'outils pour ouvrir le moindre flacon : du marteau à la scie, en passant par le tournevis. Et, en désespoir de cause, la chignole.
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