Chaleureuse recommandation

Publié le par Yves-André Samère

Je suis satisfait, car aujourd’hui, j’ai appris quelque chose d’important : j’ai appris que, dans un cinéma – format numérique et automatisme aidant –, le projectionniste n’était pas forcément dans la cabine de projection ; voire, pas présent du tout dans l’immeuble ! Explication, car, si j’aime bien m’instruire, mon âme altruiste me pousse à en faire aussi profiter les autres.

Un film que je voulais voir passait à 10 heures 20 à l’UGC Odéon, 124 boulevard Saint-Germain. J’arrive cinq minutes en avance et prends place dans la salle 4, déserte (il n’y aura ensuite qu’une seule spectatrice en plus). Écran blanc, donc, mais, bizarrement, sortent à volume modéré du haut-parleur de gauche les bruits de la circulation sur le boulevard ! Du jamais constaté au cours de mes bourlinguages cinéphiliques.

À l’heure pile – un bon point –, la salle s’éteint et la séance commence. Oui, mais seul le son des publicités est envoyé (en supplément de celui du boulevard) : aucune image sur l’écran. Coup d’œil à la cabine derrière moi, le projecteur est éteint, et personne dans la cabine. Je descends à la caisse pour signaler le fait et faire observer que, si je me fiche bien de n’avoir aucune image pendant les pubs, je juge presque nécessaire qu’il n’en soit pas de même pendant le film. D’expérience, je sais que, puisque « les Français sont des veaux » (De Gaulle dixit), les spectateurs français ne font pas mentir cette réputation, et acceptent sans broncher tout ce que les directeurs de salles se plaisent à leur infliger ; que, par conséquent, si personne ne se plaint, ce n’est pas le projectionniste (absent) qui va s’apercevoir que quelque chose ne tourne pas rond.

Que fait la caissière ? Elle décroche son téléphone pour appeler le projectionniste, et s’annonce : « UGC Odéon ». Prenons notre tête à deux mains et réfléchissons : si ce diable de projectionniste avait été dans la maison, aurait-il été nécessaire qu’on lui fasse savoir que c’était depuis l’UGC Odéon qu’on l’appelait ? Évidemment non. Déduction : cet homme se trouve ailleurs, probablement dans le cinéma situé de l’autre côté du boulevard, l’UGC Danton, piloté par la même direction.

Cinq minutes après, bévue corrigée, projecteur rallumé, la séance démarre pour de bon. Mais apparaissent d’autres bizarreries sur la bande son (qui diffuse toujours les bruits de la rue) : on entend des sifflements, des craquements, la voix d’un technicien qui essaie un micro, tout cela manifestement étranger au film, puis, une demi-heure avant la fin, éclate une musique insolite, s’agissant d’une histoire de procès se déroulant dans la ville d’Atlanta : L’Internationale, chant de ralliement de la gauche, et chantée en français ! Hollywood s’est donc convertie au communisme ?

Je redescends à la caisse, engueule les deux filles qui se trouvent là, et suggère de dénicher le fichu micro qui capte les bruits de la rue, y compris et surtout ceux provenant de la manifestation de la CGT qui entre-temps s’est installée juste devant le cinéma.

Rien à faire : les responsables du cinoche n’y parviendront jamais. À l’heure où j’écris, la manifestation bat son plein depuis la place du Châtelet ainsi que sur le boulevard Saint-Germain, et les spectateurs de l’UGC sont encore régalés d’un concert gratuit quoique superfétatoire.

Retenez bien ce nom, c’est l’UGC Odéon, boui-boui situé 124 boulevard Saint-Germain, Paris-sixième (l’arrondissement le plus chic de Paris, donc de France, donc du monde). Je précise que les toilettes de cette même salle sont interdites depuis des mois. Tâchez de trouver un autre endroit quand vous voudrez voir un film.

(Non, chers grincheux, ce n’est pas du mouchardage. C’est de la défense du consommateur)

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