Chatelleries et autres sottises

Publié le par Yves-André Samère

Luc Chatel est sans contexte l’un des plus mauvais ministres de l’Éducation nationale qu’ait connu la Cinquième République, pourtant riche en ce domaine : les bons ministres de l’Éducation nationale doivent se compter sur les doigts de la main de Mickey Mouse (oui, je ne vais pas répéter sans cesse « sur les doigts de la main du baron Empain »).

Le camarade Chatel, dont le prénom est l’anagramme du mot qui le définit le mieux, a trouvé un truc formidable pour saboter un peu plus l’éducation des jeunes et enfoncer ceux qui la leur dispensent. On vous explique.

Les personnels enseignants, instituteurs et professeurs, sont notés selon deux processus associés : par un inspecteur qui est leur supérieur hiérarchique dans le domaine pédagogique, et par leur chef d’établissement (directeur, principal ou proviseur), dans le domaine administratif. L’inspecteur passe rarement, une fois tous les deux ou trois ans quand l’inspecté est débutant, beaucoup moins souvent ensuite, quand on considère qu’il est assez expérimenté. En revanche, le rapport administratif et sa note obligatoire tombent chaque année. Ces deux notes, mais surtout la première, conditionnent évidemment la rapidité de l’avancement. La seconde sert peu, mais on peut vous l’opposer quand, au rectorat, quelqu’un vous a dans le nez : par exemple, si vous avez sollicité une amélioration de votre sort (un poste mieux placé pour rejoindre votre conjoint qui enseigne à huit cents kilomètres de là) ou réclamé l’application d’un droit (on a « oublié » de vous faire grimper d’un échelon quand vous stagnez dans le même depuis une éternité). Or, vous voyez rarement votre inspecteur, qui vous connaît peu. En revanche, votre directeur/principal/proviseur, vous le voyez tous les jours, ce qui peut multiplier les risques de conflit, et donc de mauvaise note administrative.

Eh bien, Chatel a lancé deux projets qui doivent modifier la situation : le premier prévoit que le chef d’établissement pourra recruter lui-même son personnel, et le second, que la notation sera remplacée par un « rapport d’évaluation », rédigé par les inspecteurs pour le premier degré (jusqu’à la classe de troisième, donc) et par le chef d’établissement pour le second degré (au-delà de la troisième), l’inspecteur se bornant alors à un simple « entretien » avec l’inspecté. Le chef d’établissement, qui n’a jamais été formé pour cela, devient de la sorte le Grand Manitou.

Vous êtes professeur de lycée, vous vous entendez mal avec votre proviseur qui ne connaît rien à la pédagogie ? Préparez-vous à être mal noté, et sans appel. Votre carrière fera du surplace. Bien fait pour vous, il fallait être plus diplomate.

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