Chefs d’État, soyez mous !

Publié le par Yves-André Samère

On nous dit sans cesse que François Hollande n’a aucun charisme, et les Guignols, depuis des années, tapent sur ce clou. Mais enfin, pour un chef d’État ou de gouvernement, avoir du charisme, est-ce bien nécessaire ? Prenons quelques exemples.

Voyez Angela Merkel : elle a l’air d’une cuisinière, mais elle dirige l’Allemagne avec une fermeté que ses collègues peuvent lui envier, si bien qu’elle est certaine d’être réélue. En Syrie, Bachar el-Assad n’est pas réputé pour son charisme, Antoine de Caunes a même dit qu’il avait « le charisme d’un grille-pain ». En dépit de cette carence, il maintient la population de son pays d’une main de fer dans un gant d’acier (je ne dis pas que c’est bien). En Espagne, le général Franco était aussi charismatique que Cyril Hanouna, et cela ne l’a pas empêché non plus de régner pendant une quarantaine d’années à la tête d’un régime féroce, donc ce manque ne l’a pas handicapé. Quant à son successeur, désigné par lui et qui partait par conséquent avec ce handicap, le roi Juan Carlos, à ses débuts, était surnommé « le suppositoire » par son peuple. Il a pourtant été capable d’étouffer dans l’œuf un coup d’État militaire et d’être, après cela, admiré par tous les Espagnols. Avant, il est vrai, que ses frasques privées et publiques ne ternissent un peu sa réputation, mais il vient de déclarer qu’il n’abdiquerait en aucun cas.

Voyez aussi, en Angleterre, le roi George VI. Il ne désirait pas être roi, n’est monté sur le trône que parce que son frère aîné a dû abdiquer, il était timide et bègue, un film nous l’a suffisamment vanté. Il était donc totalement dépourvu de charisme. Or, par son courage et sa fermeté (jamais il n’a quitté Londres pendant la guerre), il gagné le respect de tous les Britanniques.

Inversement, jetons un coup d’œil en France. Les Français n’ont que De Gaulle a la bouche, et si quelqu’un a jamais eu du charisme, soigneusement entretenu par une presse docile, c’est bien lui. Or, qu’est-ce que cela a donné ? D’abord, chacun sait qu’il n’est revenu au pouvoir qu’en utilisant ses partisans comme propagandistes, et les Français d’Algérie comme marchepied, ce qui n’est pas très glorieux. Pour cela, il a menti impunément (ce n’est pas moi qui ai inventé le « Vive l’Algérie française ! », prononcé le 6 juin 1958 à Mostaganem). Ensuite, le règlement de la guerre d’Algérie pour lequel on l’avait réinstallé à la tête de l’État, il s’en est tiré aussi mal que possible, puisque l’Algérie est devenue une dictature militaire qui dure encore, quoique recouverte d’un vernis trompeur. Pis encore, il a envoyé à la mort des dizaines de milliers de harkis auxquels il avait promis l’intégration dans la Nation française (« Il n’y a plus ici [en Algérie] qu’une seule catégorie de citoyens, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs », Alger, 3 juin 1958). Enfin, lorsque les étudiants lui ont flanqué la pétoche en mai 1968, son charisme ne l’a pas empêché d’aller supplier à Baden-Baden le général Massu, qu’il avait limogé et exilé, afin que celui-ci veuille lui prêter main-forte en cas de troubles à Paris. Massu, goguenard, lui avait mis le marché en main : d’accord pour vous aider, mais vous libérez votre pire ennemi, celui qui vous a combattu avec acharnement, le général Salan, emprisonné à perpétuité dans la prison de Tulle (tiens, chez Hollande !), vous l’amnistiez, vous lui rendez toutes ses décorations et vous lui payez les arriérés de sa retraite, que vous lui aviez sucrée. Et le charismatique De Gaulle a tout accepté.

Vivent les « mous » !

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