Chers « provinciaux »...

Publié le par Yves-André Samère

Cette semaine, la couverture de « Marianne » légende une photo de Jean-François Copé avec cette belle mention : L’autre voyou de la République. On ne saurait mieux dire : Copé a écrasé son adversaire François Fillon en mettant à profit son poste à la tête du parti, et, tenant en mains les rênes de l’appareil donc l’organisation de tous les votes qu’on fait à l’UMP, il lui a resservi le coup de Martine Aubry à Ségolène Royal. Normal, et pas étonnant.

Naturellement, je suis comme tout le monde, je déteste et je méprise Copé, que je tiens pour un gangster. Mais Sarkozy a si bien ouvert la voie que plus rien ne doit nous étonner. Avant peu, ces gens règleront leurs comptes en pleine rue, à coups de Kalachnikoff. Pourtant, Copé a un côté extrêmement comique, et c’est son sketch qu’il ressort le plus souvent possible, en dénonçant le « parisianisme » des responsables politiques. Moi, avance-t-il, je ne suis pas un de ces parasites du boulevard Saint-Germain, je suis le maire d’une petite ville de province, et je vis avec le peuple. Ben voyons...

Quand on décernera le Prix Pinocchio, M. Pain-au-chocolat sera bien placé pour grimper sur le podium, et concurrencera efficacement Sarkozy et les époux Balkany. Car, avant d’être là où il est, Copé a fait partie de la bande à Beigbeder, et il passait davantage de nuits chez Castel que de journées dans sa mairie. En outre, il n’habite pas du tout à Meaux, mais à Paris, dans le seizième arrondissement, avec sa famille, après avoir fait toutes ses études dans le sixième et le septième – rien que des beaux quartiers. Comme la presque totalité du personnel politique français, d’ailleurs, de droite ou de gauche !

Ainsi, Sarkozy vit chez sa femme, rue Pierre-Guérin, à deux pas de la célébrissime Villa Montmorency, qui est une sorte de principauté au sein du seizième arrondissement, non loin du Bois de Boulogne. Giscard habite aussi le seizième, rue Bénouville, où il possède un hôtel particulier, c’est-à-dire un immeuble entier. C’était du reste le cas de Mitterrand, mais lui, rue de Bièvre, au Quartier Latin, à deux cents mètres de Notre-Dame. Chirac est toujours hébergé Quai Voltaire, non loin de l’Académie française, avec vue sur la Seine : la famille libanaise Hariri lui prête un immense appartement. Martine Aubry vit à Montparnasse, et pas du tout à Lille ; rue de Rennes, si je ne m’abuse, pas très loin de chez Lionel Jospin, qui perche rue du Regard – l’un et l’autre, donc, dans le sixième arrondissement, le plus cher de Paris. Chèvenement a un appartement dans le cinquième, du côté de la très recherchée rue Monge, paye un loyer modique à la mairie, et refuse de déménager. Pas très loin vivent Fabius et Tiberi, place du Panthéon, le premier au numéro 15, le second au numéro 1, comme il convient à l’ancien maire de Paris. Jean-Louis Debré a un grand appartement au Palais-Royal, ce qui tombe admirablement, puisqu’il préside le Conseil constitutionnel, qui justement est au même endroit. Jacques Lang habite au 2 Place des Vosges, un endroit connu pour n’abriter que des prolos. Ségolène Royal occupe un grand appartement à Boulogne, dont elle a hérité lors du partage des biens avec François Hollande, qui, lui, vit en location rue Cauchy, dans le quinzième.

Je ne vois guère que Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, pour se contenter du peu élégant dix-huitième arrondissement, et Manuel Valls, qui vit rue de la Roquette, onzième arrondissement. Mais comme il ne sera pas éternellement ministre...

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