Chronique première-damesque

Publié le par Yves-André Samère

On le sait, tout ce qui se fait aux États-Unis est parfait, et nous nous devons de les imiter. Hélas, nous ne sommes pas allés jusqu’à envoyer à l’étranger les personnes soupçonnées de terrorisme et détenues sans jugement, afin de les y « interroger » (euphémisme). Les États-Unis, eux, ne manquent pas d’amis – par exemple au Maroc –, toujours prêts à rendre ce genre de service, en échange de ces petits cadeaux qui entretiennent l’amitié. Faute de cela, nous leur avons emprunté le mythe de la « première dame », et ça, convenez, c’est une avancée.

J’ai cherché le moment auquel nous avons cédé à ce penchant. Pas sous la Quatrième République, où les épouses de président ne jouaient aucun rôle officiel, même si, parfois, comme le fit madame Coty, elle s’occupaient d’œuvres charitables (au fait, je ne comprends pas pourquoi on a inventé le terme caritatif). Sous la Cinquième, madame De Gaulle se cantonnait au rôle de ménagère et ne sortait guère que pour aller faire ses courses chez Fauchon, un magasin de luxe place de la Madeleine. Toutefois, elle eut un autre rôle : faire renvoyer une femme de chambre de l’Élysée, enceinte hors mariage, ou une speakerine de la télévision, Noëlle Noblecourt, parce qu’on voyait ses genoux à l’écran. Un rôle utile, donc.

Les Pompidou étaient assez mondains, et Madame accompagnait Monsieur partout, car ils étaient inséparables. Ce couple modèle se montrait beaucoup à la messe du dimanche, mais pas seulement. Néanmoins, jamais madame Pompidou n’a été qualifiée de « première dame », et son activité au Palais présidentiel était plutôt réduit : elle se chargeait de la décoration des appartements privés, dans le style moderne (les Pompidou adoraient Vasarely).

Giscard montrait peu son épouse. Tous deux étaient d’ailleurs au bord du divorce lors de l’élection, car il la trompait abominablement. Ils ont renoncé à la séparation, il a continué de la tromper (on parla beaucoup de Marlène Jobert), et il ne la montra au peuple qu’une seule fois, pour le rite des vœux du 31 décembre : « Mais je crois qu’Anne-Aymone désire vous dire quelques mots ». Anne-Aymone s’exécuta, mais avec une telle gêne que le gag ne se renouvela jamais.

Madame Mitterrand fut aussi une épouse postiche : lorsque son mari fut élu à la présidence, les époux étaient déjà séparés, lui avait une fille adultérine, et elle avait introduit son amant au domicile prétendument conjugal de la rue de Bièvre. Élu, le mari congédia l’amant, mais rien d’autre ne changea. Danielle continua de militer avec sa fondation France-Libertés, obtint des subventions, mais, comme épouse officielle, elle mit plutôt les pieds dans le plat en critiquant la politique de son mari, notamment à l’égard du Maroc (le roi Hassan II la traita d’épouse morganatique – cherchez ce mot dans un dictionnaire, vous verrez que ce n’est pas très gratifiant).

Chirac fut aussi un mari infidèle, et sa femme eut le mauvais goût de le faire écrire dans un livre rédigé par Patrick de Carolis. Cette harpie fut sans doute la première qui exigea d’être traitée en première dame et à en vouloir le titre. Mais, en réalité, celle qui lui succéda, Cecilia Sarkozy, exigea un statut spécial, que son mari s’empressa de lui faire accorder, car elle avait été sa collaboratrice quand il était ministre de l’Intérieur. Hélas, elle détestait les servitudes qui allaient avec (rappelons qu’elle n’avait pas voté pour lui, et traîné les pieds plusieurs heures avant de se montrer en public pour fêter l’élection), et ils divorcèrent. Quant à celle qui la remplaça et profita surabondamment de son titre bidon, Carla Bruni, chanteuse aphone mais jolie et richissime, elle joua un rôle politique que jamais on n’aurait dû lui concéder, et fit nommer un de ses copains, Philippe Val, à la direction de France Inter... lequel pistonna un autre copain, Jean-Luc Hees, pour la présidence de Radio France !

La pseudo-première dame actuelle (et qui ne va peut-être pas le rester très longtemps), tout en manifestant l’intention de continuer à faire son métier de journaliste, eut la faiblesse d’accepter un rôle officiel, par exemple dans les voyages à l’étranger, et, croyez-moi, il y a des pays où l’on n’a pas aimé ça du tout ! En Afrique, les dirigeants peuvent avoir autant de maîtresses qu’ils veulent, vu que les épouses trouvent ça normal et leur rendent la politesse, mais ils ne les exhibent en aucun cas.

Hollande s’est fait piéger comme un bleu.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Elle a voulu en faire trop, et s’est mise elle-même dans le pétrin. Lui, il aurait dû la « recadrer » le jour où elle a réclamé en public un baiser sur la bouche. On ne parle pas ainsi au<br /> président de la République. Si la majorité des Français la détestent, c’est sans doute pour ça aussi.
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D
Curieux, car dès le début on sentait que V. Trierweiller (je pense que j'ai trop mis de consonnes) cherchait un statut, une reconnaissance officielle, rien que son baiser le soir des élections<br /> montrait son manque d'assurance. Et peut-être ses doutes vis-à-vis de l'attachement de Hollande, qui déteste ce genre de démonstration, au passage.<br /> Inutile de dire que le camouflet quelle vient de subir l'a mise dans tous ses états, car elle est impulsive et, il me semble, peu sûre d'elle. Je suppute aussi qu'elle a dû tanner Hollande pour<br /> qu'il l'épouse...<br /> Vive Monsieur Merkel, dont ce n'est même pas le nom !!!
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