Cinéma éducatif

Publié le par Yves-André Samère

Une chose qui m’a toujours ravi par sa bêtise intrinsèque, c’est cette manie, chez les membres du corps enseignant, de traîner leurs élèves au cinéma, croyant bien faire. Se présente-t-il un film dont ils pensent, sans même avoir pris la précaution – élémentaire – d’aller le visionner au préalable, qu’il pourrait tout à la fois leur faire plaisir et contribuer à leur éducation, ils se lancent dans une « sortie pédagogique » débouchant presque sans coup férir sur LA boulette fatale.

On m’a ainsi rapporté que des armées de collégiens et lycéens ont été entassés dans les salles de cinéma qui passaient le Molière d’Ariane Mnouchkine, en 1978. Très surestimé, ce navet montrait platement la vocation du futur Molière naître dans la rue en regardant des baladins de foire, scène d’une originalité bouleversante, comme on l’imagine. Plus tard dans le film, on insinuait, dans la scène des flambeaux, que Louis XIV avait laissé tomber Molière au moment de l’affaire Tartuffe, ce qui est l’exact contraire de la vérité, puisqu’il l’a soutenu contre la Cour entière.

Il y eut aussi en 1981 Les fourberies de Scapin, de et avec Roger Coggio, où l’interprète, deux fois trop âgé pour le rôle, avait l’idée géniale – à quoi ce crétin de Molière n’avait pas songé – de prendre un bain tout nu en compagnie d’enfants. Aujourd’hui, alors que la pédophilie est un thème obsessionnel chez les moralistes de télévision, il se ferait arracher les yeux.

Et puis, il y eut La guerre du feu, où les gosses eurent une bonne occasion de s’initier à... la sodomie, puisque Jean-Jacques Annaud avait inséré dans son film une scène où un couple préhistorique s’ébattait ainsi sainement. Ah, où est le temps des projections paroissiales, quand le curé masquait de sa main l’objectif du projecteur à la moindre scène de baiser sur la bouche ?

Ce matin, peu après neuf heures, à l’UGC des Halles, une classe entière de lycéens s’est massée dans la salle 12 où l’on projetait Hitchcock, cette abominable médiocrité qui prétend raconter la genèse de Psychose, et dont j’ai déjà rendu compte. Il devait être bien intentionné, mais mal renseigné, le professeur qui a pris cette initiative, laquelle ne fera pas un cinéphile de plus, mais a dû bourrer le crâne de ses élèves d’épisodes aussi farfelus qu’inexacts, et ne leur aura rien appris sur le cinéma du plus grand réalisateur de l’histoire.

Il y a des professeurs qu’on devrait poignarder sous la douche, et empailler ensuite.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Les empailler vivants, donc.
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D
Moi je ne suis pas pour poignarder les professeurs, ni personne d'autre d'ailleurs.<br /> Les empailler, en revanche...
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