« Comment s’en débarrasser ? »

Publié le par Yves-André Samère

Rien à voir avec la pièce d’Eugène Ionesco, et d’autant moins que le mort ne se prénomme pas Amédée : comme tous ceux qui en parlent et ne s’en sont guère souciés, je ne connais pas son prénom...

Bref, depuis hier, le monde médiatique bruit (et pas « bruisse », bande de sous-doués !) de ce rapprochement entre deux expressions : refus d’inhumation et bébé rom. En clair, le maire de droite d’une commune de l’Essonne a refusé qu’un bébé, mort à l’âge de trois mois, soit enterré dans le cimetière de sa commune. Prétexte invoqué par l’édile : la famille n’habite pas la commune et ne paye pas ses impôts sur place (mais en paye-t-elle seulement ?). Selon la traduction de ces grands humanistes qui peuplent la presse, c’est parce qu’il s’agit d’une famille de Roms. On n’a du reste aucune preuve que ce soit la raison invoquée, puisque le maire est « injoignable », comme on dit toujours en pareil cas, de même que, d’un personnage qui a REFUSÉ de leur parler, on dit qu’il « n’a PAS SOUHAITÉ » le faire. Vous avez mal cherché, téméraires amis journalistes qui brûlez de cuisiner cette andouille pour alimenter vos papiers ; en fait, monsieur le maire est caché SOUS son bureau. Mais on murmure que la vraie raison, c’est que le cimetière manque de place. C’est vrai, un bébé de trois mois, c’est fou ce que ça encombre, mort ou vivant.

Ce type de mini-scandale se reproduit environ deux fois par semaine, et démarre infailliblement au quart de tour, avant que quiconque possède la moindre information. Je ne sais pas, moi, si le maire est coupable ou non coupable, mais cette affaire me rappelle furieusement cette « affaire Leonarda », où une famille de clandestins dont le père n’était pas blanc-bleu avait été expulsée vers le Kosovo : les forces de l’ordre avaient eu la finesse d’aller chercher leur fille lycéenne à la sortie de son lycée, au lieu de la cueillir discrètement chez elle quand elle y serait forcément revenue après ses cours. En somme, le maire dont je parlais plus haut appartient au même type de baderne que ceux dont relevait le kidnapping de Leonarda. Tout cela n’avait pas empêché la presse de pousser des hurlements et de parler de déportation.

Mais on connaît la philosophie de ceux qui « appliquent la loi », comme ils disent, et dont s’enorgueillit notre chère administration. Dans ses bureaux, on trouve pourtant, un peu partout, des employés intelligents, capables de mettre sous la pile un dossier qui peut attendre – en général, parce qu’il concerne quelqu’un qui embête le maire. Appliquer la loi, quelle belle chose ! Cela me rappelle ce procureur, dans l’épisode 2 de la saison 3 d’Engrenages, la fameuse série télévisée. Dégoûté du métier, il se contentait de dire, chaque fois que le président du tribunal le priait de prononcer son réquisitoire : « Je demande l’application de la loi », puis il revenait à son roupillon.

On ne regarde pas assez les fictions de la télé. Elle est pourtant bien instructive, parfois.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ce très bon acteur, Philippe Duclos, dont personne ne retient jamais le nom, je le connais depuis des années pour l’avoir vu dans des tas de films et téléfilms.<br /> <br /> Mais les enquêtes filmées sont toujours caricaturales, car on est forcé de montrer une action très rapide, ce qui n’a jamais lieu dans la réalité.<br /> <br /> Je parlerai de la mise en scène lorsque j’aurai visionné les 52 épisodes. Je n’en suis qu’au dix-huitième.
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D
Pour une fois, cette série a pris des conseillers professionnels sérieux (et écoutés) pour rendre crédible le scénario. Ne serait-ce que les policiers qui désarment leur arme avant de la ranger<br /> dans leur tiroir de bureau. Ou l'excellent acteur qui a le rôle de juge d'instruction s'est fait conseiller par un vrai juge, et a même assisté à une confrontation.<br /> Cette série est certainement caricaturale, comme toujours dans ce genre d'exercice, mais elle ne nous prend pas trop pour des crétins.
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