Comparaisons qui tuent

Publié le par Yves-André Samère

Bernard Tapie, qui s’était tapé quelques mois de prison pour des motifs évidemment injustes (un match de football truqué, c’est un péché véniel, dans ce milieu), avait, à la suite d’une autre affaire, encaissé quarante-cinq millions d’euros au titre du « préjudice moral » que lui avait causé le Crédit Lyonnais, banque nationalisée à l’époque des faits. De sorte que cet argent était sorti de notre poche.

Loïc Sécher, lui, a touché un tout petit moins (voir plus loin) après un court séjour de sept ans et trois mois en prison. Rappelons qu’il était totalement innocent. En effet, cet ancien ouvrier agricole âgé de 50 ans avait été condamné pour viol en 2003 à Nantes, puis en appel à Rennes en 2004. Peine prononcée : 16 ans de réclusion criminelle. Mais la fille de quatorze ans qui l’avait accusé (et qu’on avait crue sur parole, bien sûr), s’était rétractée entre-temps : il paraît, à ce qu’a conclu la Cour de cassation en mai 2010, que c’était « un fait nouveau de nature à faire naître un doute sur la culpabilité ». Juste un doute, c’est donc trop de générosité de la part de la Cour, puisqu’elle doute encore...

(Notez que, en dépit des réquisitions de l’avocat général et de l’avocate de la partie civile, qui avaient demandé qu’on lui foute enfin la paix, la cour de révision avait cependant décidé de renvoyer Loïc Sécher devant une nouvelle cour d’assises. Par chance, ça n’a pas marché)

Bref, Loïc Sécher recevra... 797 352,32 euros d’indemnités, ainsi répartis : 197 352,32 euros pour les sept années de prison, et 600 000 euros pour le préjudice moral (revoir ci-dessus à combien on a évalué celui de l’honnête Tapie). Ce qui, soit dit en passant, met l’année de taule pour Sécher à 27 221 euros, soit 2267,42 euros par mois, et on serait curieux de savoir comment les juges ont calculé ça. L’avocate de Sécher avait demandé 2,4 millions, mais on n’allait tout de même pas donner satisfaction à cette salope.

D’autre part, il paraît que, lors de la rédaction de la loi sur l’indemnisation des erreurs judiciaires, l’expression « préjudice manifestement anormal », qui avait été proposée, a été jugée « trop floue », on a ainsi effacé « manifestement anormal ». Il n’est donc pas manifestement anormal d’être jeté en cellule sur la foi d’une accusation bidon, et d’y être maintenu plus de sept ans.

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