Confiance

Publié le par Yves-André Samère

Il y a quand même des gens bizarres. Comme j’avais mis en ligne un enregistrement introuvable d’un duo entre Éva Darlan et Pierre Desproges au Tribunal des Flagrants Délires, un visiteur tombe dessus et demande dans un commentaire si j’en ai d’autres. Je réponds que oui, j’en ai d’autres, et même beaucoup. Il me dit qu’il aimerait bien les avoir. Toujours par commentaire interposé puisque je ne veux pas donner mon adresse électronique afin qu’on me fiche la paix, je lui offre de laisser son adresse postale dans un autre commentaire (adresse que j’effacerai après l’avoir notée), et que je graverai un CD, voire plusieurs, pour lui envoyer le tout par la Poste.

Mais le gars est réticent : il n’a pas confiance ! Ne vais-je pas divulguer son adresse un peu partout ?

C’est malin ! Comment puis-je envoyer un ou plusieurs CD si je n’ai pas une adresse postale ? Ce genre d’envoi, je le fais couramment, sans que mes correspondants et amis fassent tant de manières.

Je sais, je sais, comme chantait Gabin, vous allez me dire que je n’ai qu’à transformer tous ces enregistrements en MP3, les envoyer dans le cloud et publier quelque part l’adresse permettant de les télécharger. Ouais... À cela près que ce travail de conversion et d’envoi dans le cloud de Free me prendrait des journées entières, vu la vitesse à laquelle on peut « uploader », comme il faut dire, les gros fichiers. Or je n’ai rien d’autre à faire de mes journées, évidemment.

C’est émouvant, ce désir de protéger sa vie privée, ça me fait penser à tous ces gens qui se protègent par des digicodes et des systèmes d’alarme : le gars en question a laissé son adresse électronique dans son commentaire, adresse composée avec son nom, qui n’est pas courant. Avec ce renseignement, j’ai pu en quelques minutes glaner une masse d’informations sur lui, car il s’est abondamment répandu sur Internet. Je connais ainsi sa date et son lieu de naissance, la faculté où il a étudié, les entreprises où il a fait un stage (dont le Crazy Horse !), la langue étrangère qu’il connaît, les réseaux sociaux où il s’est inscrit, et ainsi de suite. Sauf son adresse, bien entendu. Mais il ne fait pas confiance à un gars – moi – qui offre de lui donner des enregistrements qui ne sont ni dans le commerce ni sur l’INA, et qui, resté anonyme, n’exigera rien en échange, pas même un merci.

Résultat : à vouloir être plus royaliste que le roi, le demandeur n’aura rien ! C’est malin.

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