Conjurer le mauvais sort

Publié le par Yves-André Samère

Catherine de Médicis a été l’épouse d’un roi de France, Henri II – celui qui est mort à la suite d’une joute, racontée dans La princesse de Clèves –, et mère de trois autres rois, ses fils, François II, Charles IX et Henri III. On lui « doit », entre autres, le massacre de la Saint-Barthélémy. Ce fut aussi la régente la plus superstitieuse de l’histoire du pays, et elle s’entourait de toutes sortes de devins et d’astrologues. Ainsi, elle fit venir à la Cour le célèbre Nostradamus, et en fit une sorte de favori qu’elle consultait sur tout.

Il se trouva que Nostradamus, parmi les nombreux quatrains qu’il publia sous le titre Centuries, en écrivit un qui disait ceci :

Premier fils veuve, malheureux mariage,

Sans nuls enfants, deux isles en discord,

Avant dix-huit ans incompétent âge,

De l’autre près plus bas sera l’accord.

De ce texte lumineux de clarté, certains, dont Catherine, conclurent que le premier fils de la reine veuve ferait un malheureux mariage sans enfants, que la mort le prendrait avant ses dix-huit ans et brouillerait l’Écosse et l’Angleterre, et que, bien qu’ayant été fiancé encore plus jeune, son frère Charles mourrait plus tôt que lui. Et si ce n’est pas là votre conclusion après cette lecture, c’est que vous êtes obtus.

La régente voulut donc conjurer le sort qui les menaçait, et résolut, pour détourner la main de la Parque, de changer... leurs prénoms (alors que le quatrain de Nostradamus ne nommait personne). C’est ainsi que Maximilien devint Charles, futur Charles IX, et qu’Édouard devint Henri, futur Henri III. Seul l’aîné, François, refusa de se prénommer Hercule, et conserva son prénom d’origine.

Cet entêté le paya très vite : devenu roi, il mourut au bout d’un an ! Ses frères, qui lui succédèrent, tinrent plus longtemps : quatorze ans pour Charles, et quinze pour Henri. Un bon tuyau pour vos enfants, si vous avez quelque inquiétude.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :