Côte d’Ivoire : télé dévote

Publié le par Yves-André Samère

En Côte d’Ivoire, les partisans d’Allassane Ouattara, régulièrement élu à la présidence mais empêché de prendre ses fonctions par son rival Laurent Gbagbo (qui dispose de la police et de l’armée), hurlent que la radio-télévision ivoirienne est aux ordres du Pouvoir. Certes... Mais elle l’a toujours été, notamment quand Houphouët-Boigny était président et que Ouattara était son Premier ministre ! Voici une petite histoire vraie qui prouve que, en ce temps-là, non seulement la RTI était aux ordres, mais qu’elle était à la dévotion du président. Je précise que Ouattara, alors, n’était pas encore Premier ministre, pour la bonne raison que cette fonction... n’existait pas ! Elle a été imposée en 1990 par le gouvernement français, en la personne de son ministre de la Coopération, Jacques Pelletier.

Cela se passait vers la fin des années 90. Houphouët-Boigny, président depuis 1960, allait officiellement sur ses 85 ans, mais tout le monde savait qu’il se rajeunissait d’au moins cinq ans. Or on apprit que sa sœur aînée venait de mourir. Passée la stupeur de découvrir que ce vieillard plus que cacochyme avait encore une sœur aînée, le pays devait connaître une période de flagornerie dont on croyait qu’elle n’existait plus que dans les pays communistes, au temps de Lénine et Staline. C’est que commença la période de deuil officiel.

On fit défiler dans un salon de la Présidence, devant le président prostré dans son fauteuil, tous ceux qui se présentèrent, désireux de s’incliner devant le cadet endeuillé, officiels, corps constitués ou simples particuliers. Chacun ne faisait que passer, adressait un signe de tête au président, puis s’effaçait pour laisser la place au suivant. Et la télévision ivoirienne filma l’intégralité du cérémonial. Puis on décida de montrer au peuple le résultat de ce « reportage ». Cela se présenta sous cette forme : chaque soir, après le Journal télévisé, on ajouta une « édition spéciale »... d’une heure, qui ne montrait que cela. Et ce petit sketch dura... six semaines, week-ends compris. Autrement dit, la télé avait filmé au moins quarante-deux heures d’inclinaisons de têtes, et diffusa tout, chaque soir, avant les programmes normaux.

Au grand ravissement de la population, comme on peut l’imaginer. Gbagbo, en comparaison, n’est qu’un amateur. Ou peut-être n’a-t-il perdu aucune sœur aînée.

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