Coups de pied (qui se perdent)

Publié le par Yves-André Samère

L’une des expressions les plus agaçantes que je connaisse et dont les médias audiovisuels nous farcissent les oreilles est celle-ci : « coup de cœur ». Elle finit par nous rendre malade, mais pas du cœur. Plutôt de l’estomac.

Je suis tout à fait certain de deux points : d’une part, elle est exclusivement utilisée par lesdits médias. Personnellement, je ne l’ai JAMAIS entendu citer dans le langage courant. D’autre part, elle est d’utilisation assez récente, et je ne crois pas qu’on nous l’ait assénée depuis plus d’une génération, ce qui est très court dans l’histoire du langage.

« Assénée », car il ne se passe pas de jour sans qu’on l’entende quelque part. Ainsi, la chaîne de télé Canal Plus n’annonce jamais un film du soir sans prétendre que c’est « le coup de cœur de Canal Plus », et France Inter aussi nous fait le coup avec les films que la station parraine (ce qui leur vaut généralement un bide spectaculaire, si je puis dire).

Enfin, et surtout, cette expression est idiote. Elle ne veut rien dire. Lorsque quelque chose nous plaît, livre, film, musique, ce que nous ressentons, ce n’est jamais un coup, que ce soit au cœur, ou ailleurs (le « cœur », encore une bêtise incommensurable ; cet organe n’a rien à voir avec les sentiments, et il n’y a que les Espagnols pour mêler partout du corazón). Mais on voit bien que le zozo qui a eu cette idée le premier pensait au coup de foudre – encore un mythe pour presse du, euh... du cœur, comme par hasard.

J’attends avec impatience la prochaine mode.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
On n’en finirait jamais : « un silence assourdissant »,
« un vaste tour d’horizon », « un bilan provisoire », « un cruel dilemme », « une feuille de route » (celui-ci, il est quotidien), « un jardin
secret » (expression employée jadis par Hassan II pour justifier le fait qu’il ait envoyé TOUTE la famille Oufkir au bagne, y compris le petit garçon de trois ans et demi, en punition
d’un attentat sur lui commis par leur père), « un monstre sacré », « un lourd tribut »...

Autant de clichés, sans lesquels un journaliste est forcément en panne d’inspiration !
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D
"clamer son innocence"...
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Y
C’est très clair.

Mais je pense avoir exprimé tout aussi clairement que ma cible, comme souvent, est l’influence des médias : on entend telle expression, et, sans se poser la question de savoir si elle
correspond à une réalité, on la répète mécaniquement.

Les exemples abondent, et je les cite à satiété : les « Voilà », les « incontournable », les « au niveau de », les « Untel fait sa rentrée », les
« jouer dans la cour des grands », les « Machin monte au créneau », etc. Il y en a des dizaines, et qui ne veulent rien dire.

J’espère, pour ma part, ne pas être influençable.
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L
Doute,
Si l'expression est discutable. En lisant ce post, je me suis rendu compte que moi aussi il m'arrivait de l'utiliser dans le langage courant. "J'ai eu un coup de cœur pour cette voiture..."
Suis-je contaminé par les médias, surement.
Certes traditionnellement les choses du cœur sont opposées au choses de l'esprit car en effet le cœur agit par réaction, pulsion au contraire de l'esprit (la tête) qui agit selon la raison (pour
certains, ah ah ah). Donc pour moi, un coup de cœur serait une action pulsionnelle sans fondement raisonnable. Ai-je tord?
Quand à un coup de tête ... c'est à mon avis une mauvaise expression puisque soit on considère que l'esprit à une étincelle de réflexion (si je suis stupide en permanence ah ah ah) ou soit à une
absence de réflexion (si je suis intelligent en permanence). Euh suis-je clair?
Aurais-je répondu sur un coup de tête (sans réflexion) ou sur un coup de cœur ( avec mes sentiments)?
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Y
Pas de danger qu’on me trouve un cerveau. Ni un cœur !
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D
Allez, ne soyez pas comme ça!
Imaginez vos propres commentaires s'ils annonçaient:
"Alors voici..enfin..voilà notre coup de cerveau du jour!"
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