De Gaulle et le « régime des partis »

Publié le par Yves-André Samère

Comme l’a dit Pierre Dac, quand on voit c’qu’on voit et qu’on entend c’qu’on entend, on a bien raison de penser c’qu’on pense. Surtout, ajouterai-je, si ce qu’on pense et qu’on a déjà exprimé, par exemple ici, se retrouve dans « Le Canard enchaîné ».

C’est donc mon cas cette semaine, puisqu’un article signé Jean-Luc Porquet et titré Parti prenant figure au bas de la page 5. Y est exposée la thèse très vérifiable que De Gaulle, afin de revenir au pouvoir qu’il avait bêtement quitté en 1946 sur un coup de tête (espérant que le bon peuple le retiendrait, mais le bon peuple a eu l’indécence de n’en rien faire), avait choisi de faire tomber, l’un après l’autre, tous les gouvernements de la Quatrième République, qu’il exécrait puisqu’il ne se trouvait pas à sa tête. Mais, ne pouvant le dire aussi clairement, sa méthode avait été de fustiger jour après jour ce qu’il appelait « le régime des partis », et de créer... un parti, le Rassemblement du Peuple français, dont les députés auraient pour mission de provoquer crise gouvernementale sur crise gouvernementale. Travail de longue haleine, qui finit par payer quand la guerre d’Algérie lui fournit le coup de boutoir final : ayant réussi à imposer dans les esprits cette idée que la guerre était le résultat d’une politique désastreuse en Algérie (ce n’était pas faux, mais cela ne tenait pas compte non plus de sa responsabilité à lui, De Gaulle, dans les massacres de Sétif le 8 mai 1945, qui fut à l’origine de la vocation des indépendantistes), il mandata ses émissaires secrets pour donner le coup de grâce au régime détesté. Ce fut le 13 mai 1958. Ne sachant plus que faire, le président de la République du moment, René Coty, lui proposa le poste de président du Conseil – aujourd’hui, on dit « Premier ministre ». De Gaulle avait gagné !

L’article du « Canard » a cet autre mérite, celui de relever que les divers partis gaullistes qui se sont succédés depuis ne se sont jamais reconnus comme des partis, mais comme un rassemblement, un mouvement, une union. Déjà, la com’... En revanche, il omet de mentionner le marchepied ayant servi à De Gaulle pour faire admettre qu’il était le seul capable de résoudre la crise : les Français d’Algérie. Il suffit à l’aspirant-Premier ministre de leur faire croire qu’il avait l’intention de conserver l’Algérie française, et ceux-là marchèrent comme un seul homme, réclamant son retour à cor et à cri. Ils se sont bien mordu les doigts un an plus tard, quand il se mit à parler d’autodétermination pour les Algériens.

Et voilà comment, plus d’un demi-siècle après, la France traîne encore l’ombre de cette statue du Commandeur.

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