De l’arme du crime

Publié le par Yves-André Samère

Comme annoncé hier aux futurs candidats tueurs à gages, voici le résultat de mes réflexions au sujet de ce que doit être l’arme du crime – donc votre instrument de travail si vous optez pour cette « activité assez lucrative » – ainsi que disait Topaze dans, euh... Topaze.

D’emblée, j’écarte les armes blanches. Rien n’est plus salissant que le couteau, le rasoir, le poignard et autres ustensiles affutés (qui ne sont donc pas des ustensiles à futés, car vous ne le seriez guère, de vous servir de ces engins). Égorger l’objet de votre contrat, rien de plus sot. Vous n’avez jamais vu, pas même au cinéma, le geyser de sang qui alors arrose les alentours, quand on a la maladresse de sectionner une artère ? Je vous conseille le film de Michael Haneke, Caché : dissuasif, le suicide de Maurice Bénichou ! Si vous commettiez l’imprudence de procéder ainsi, tâchez d’imaginer dans quel état vous seriez, après avoir été couvert du sang de votre client. Après cet exploit, rentrer chez soi sans se faire repérer par les passants, le chauffeur de taxi, votre concierge ou vos voisins de palier, est aussi improbable que de lire une lueur d’intelligence dans l’œil d’un électeur de Patrick Balkany. Et, à supposer que nul ne vous remarque, vous ne pourriez ensuite vous débarrasser de toutes les traces d’ADN : il n’y a que dans Psychose que le meurtrier Norman Bates parvient à tout nettoyer à la perfection. Or cette épée de Damoclès, en permanence suspendue au-dessus de votre occiput, voilà qui compromet la sérénité que nécessite votre métier.

Les armes à feu, dans ce cas ? Je vous vois venir, vous voyez trop de films, et je déteste ces obsédés qui parlent sans arrêt de cinéma ! Dans les films, imparablement, vos collègues futurs se servent, soit d’un pistolet muni d’un silencieux, soit d’un fusil à lunette, également insonorisé. Mais, outre la difficulté de se procurer une arme n’ayant encore jamais servi (indispensable ! Une arme ayant servi est déjà fichée, on n’aura pas grand-mal à remonter jusqu’à vous), j’estime, pour ma part, que cela manque de classe, de tuer à distance et sans le moindre risque. Souvenez-vous de la conclusion du méchant James Mason, à la fin de La mort aux trousses, quand le policier vient d’abattre Martin Landau : « Pas très élégant, d’utiliser de vraies balles ! ». Non, un métier peu considéré doit, en contrepartie, être exercé avec classe, c’est une question d’équilibre.

Finalement, je ne vois que deux types d’arme ne laissant aucune trace : la glace, ou les mains. Théoriquement, la glace serait idéale : assommer quelqu’un avec une barre de glace de plusieurs kilos, c’est un procédé très sûr, puisque votre arme fond au bout de quelques minutes, ce qui règle l’éternel problème des traces qu’on ne doit pas laisser (il y a bien le gigot surgelé, comme dans Lamb to the slaughter, d’Alfred Hitchcock, où Barbara Bel Geddes, après avoir tué son mari en l’assommant avec cette arme improvisée, le fait cuire ensuite – le gigot, pas le mari – et le donne à manger aux policiers qui enquêtent, sur le mode « Vous devez avoir faim ? »). Mais enfin, il est difficile de trouver une barre de glace, et pas moins aisé de se déplacer avec, surtout sans attirer l’attention ni tremper ses vêtements. Si bien que je me rallie à l’étranglement : son arme, on l’a toujours sur soi, et elle n’est fichée nulle part ! Si vous pensez à enfiler des gants (de latex, surtout pas de cuir, pensez encore à l’ADN !), le résultat est garanti. Naturellement, il ne faut pas être un gringalet. Vous connaissez certainement cette scène, dans L’inconnu du Nord-Express, toujours d’Alfred Hitchcock,où Bruno, le fou assassin, désire exposer cette théorie à une dame mûre dans un salon bourgeois, commence à faire la démonstration sur le cou de ladite, puis, emporté par son élan, se met à l’étrangler pour de bon. Mais c’est du cinéma, et vous saurez vous modérer, j’en suis certain.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
J’ai bien pensé au poison, en effet, mais c’est une arme de femme, et je suis beaucoup trop viril pour m’abaisser à ce niveau.

D’autre part, pour l’administrer, il est presque indispensable d’entrer dans l’intimité de sa cible. Ce qui vous fait perdre du temps, et vous fait remarquer par son entourage.
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D
Enfin, il y a le poison, mais ce serait dans le chapitre "comment assassiner son époux".
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