De la censure

Publié le par Yves-André Samère

Le 20 décembre dernier, Canal Plus avait diffusé, dans ses programmes cryptés, un divertissement intitulé Le débarquement 2 (il y avait eu un numéro 1), qui réunissait un certain nombre d’auteurs et d’acteurs amis de la chaîne, dont Gilles Lellouche et Alex Lutz, et qui était joué devant un public. Comme je ne suis pas abonné à Canal Plus, je n’ai pas vu ce programme le jour de la diffusion, mais j’en ai entendu parler récemment, parce qu’un des sketches diffusés avait scandalisé des gens qui se scandalisent pour des broutilles. En l’occurrence, une poignée de râleurs ont estimé que les Africains avaient été insultés, notamment via quelques blagues sur le massacre au Rwanda dans lequel la France du temps de Mitterrand s’était couverte de gloire. Pétoche aidant, et une pétition signée Pierre Jean le Goffic ayant été envoyée au CSA (« Un tel mépris pour les victimes d’un génocide qui a fait plus d’un million de victimes en 100 jours en 1994 ne saurait être toléré. Exigeons que Canal+ présente officiellement ses excuses à tous ceux pour qui le génocide n’est pas un sujet pour faire rire. Exigeons également du CSA de reconnaître qu’il a failli à sa mission en laissant diffuser un tel sketch »), Canal Plus s’est platement excusée, ce qu’elle n’aurait jamais fait au temps où Alain De Greef était directeur des programmes, et a « prié » les sites de vidéo comme YouTube et DailyMotion de supprimer le sketch litigieux qu’ils avaient mis en ligne.

Donc, théoriquement, vous ne devriez plus le voir, à ce détail près que Canal Plus n’a aucune influence sur les sites russes, et que, ayant eu vent de l’affaire, je n’ai eu aucun mal à en dénicher un qui passait l’intégralité du sketch. Lequel est donc visible ICI, dure 7 minutes et 41 secondes, a été mis en ligne le 30 décembre, et fait ostensiblement, par son titre et son contenu, la satire des deux émissions télévisées de Frédéric Lopez (je ne suis pas le seul à me moquer de lui !), La parenthèse inattendue et Rendez-vous en terre inconnue. Faites-vous votre opinion vous-même. Pour moi, ce sketch est si ouvertement teinté d’un humour noir qui ne nuit en rien aux Rwandais, que j’estime ridicule l’intervention du CSA... et des censeurs en général.

On m’a déjà censuré, et j’y ai fait allusion récemment, mais j’ai connu la semaine dernière une autre censure, parfaitement crétine. Sur un site consacré à l’informatique et qui avait publié un article sur les marchands de téléphones mobiles qui bourrent leurs appareils de programmes inutiles (on visait Samsung, en l’occurrence), j’avais déposé un bref commentaire disant qu’en effet, ces bidules étaient envahis de programmes superflus « comme la France était envahie de gays », et, afin de mettre les poins sur les I, j’avais ajouté entre parenthèses le nom de Christine Boutin, l’auteur de cette bourde. Donc, c’était très clair, je me payais la tête de Cri-Cri. Eh bien, mon commentaire a été censuré ! J’ai demandé des explications, et la modératrice-sic (ces gens-là n’aiment pas qu’on les qualifie de « censeurs ») m’a répondu que je tenais des propos homophobes.

N’importe qui aurait compris, pourtant... Cette fille devrait faire une belle carrière au CSA.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ce sketch m’a fait rire. On comprend tout de suite qu’il ne vise pas les Africains, mais les bobos, ceux qui se croient de gauche mais qui, lorsqu’ils cotoient un Noir, le prennent pour un serveur
et lui demandent d’apporter à boire.

Je ne connais pas Ferrari, mais je vais essayer de me renseigner. Merci pour ce tuyau. Quant à Desproges, c’est LA référence !
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D
Le Sketch du Grand Débarquement dont tu parles, je l'ai vu, je l'ai trouvé sacrément culloté, mais comme tu le soulignes si bien, c'était de l'humour noir et c'était très bien écrit.
Gaspart Proust, voire même Jérémy Ferrari, font ce genre de références dans leurs spectacles et jamais ils n'ont été censuré ou interdit de jouer. La politique de la bien pensence devient vraiment
pesante. Je vais aller me relire l'intégrale de Pierre Desproges, pour la peine...
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