De la nécessité d’une loi

Publié le par Yves-André Samère

On sait que la dernière marotte de Sa Majesté l’Empereur a été annoncée le 30 juillet, dans son fameux discours de Grenoble : « La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique », a proclamé not’ bon maître. Et l’Assemblée nationale, où les bons domestiques ne manquent pas, a voté avant-hier, jeudi 30 septembre, et par 75 voix contre 57, l’extension de la déchéance de nationalité aux Français naturalisés depuis moins de dix ans condamnés pour meurtre d’agents dépositaires de l’autorité publique. Ouf.

Mais une question se pose : combien de policiers et de gendarmes sont réellement tués par des Français « d’origine étrangère » ? Des milliers, certainement, sinon on ne fabriquerait pas une loi pour les punir ! Cette question a d’ailleurs été posée au cher Éric Besson, à l’Assemblée, par le député socialiste Jean-Pierre Dufau. Ce vicieux a osé demander ceci : « Au cours des trois dernières années, combien de crimes, parmi ceux évoqués à l’article 3 bis, ont-ils été commis en France, quelle que soit l’origine de ceux qui les ont perpétrés ? Combien de crimes de ce type ont-ils été commis contre des forces de police, des magistrats ou des jurés ? À combien de ces criminels aurait été appliquée la déchéance de la nationalité selon les termes de l’article, autrement dit pour des personnes ayant acquis la nationalité française depuis moins de dix ans ? ». Quel salaud, ce Dufau, on comprend qu’il soit socialiste. Si j’écris qu’il est vicieux, c’est justement parce que le ministre (et aucun député, d’ailleurs), n’a pas répondu. On les comprend, depuis quand les députés se permettent-ils de vouloir mettre leur nez dans la genèse d’une loi ?

La réponse à cette question a néanmoins été trouvée, comme souvent, par des journalistes, dont on sait combien ils aiment farfouiller dans les poubelles. En l’occurrence, en visitant tout bêtement les sites Internet qui rendent hommage aux policiers morts en service, et où l’on peut avoir des détails sur les victimes, les circonstances et les auteurs de ces crimes. En dépit de quelques imprécisions portant sur la cause de la mort, l’intention de tuer, et le fait que l’on ne connaît pas toujours avec certitude la nationalité ou l’origine des criminels en question (et encore moins le nombre de ceux qui seraient des « Français naturalisés depuis moins de dix ans »), voici le résultat, et accrochez-vous : 54 policiers ont été tués en service au cours des dix dernières années (de janvier 2000 à septembre 2010). Les premières causes de mortalité sont les accidents. Seuls 15 d’entre eux ont été tués volontairement (13 par balles et 2 fauchés par un véhicule). Dans quatre affaires, on peut déterminer de façon quasi-certaine que l’auteur était de nationalité étrangère ; dans seulement UNE affaire, qu’il était d’origine étrangère. Et dans cette seule affaire, on ne sait pas si le criminel était un « Français naturalisé depuis moins de dix ans ».

Conclusion : si la loi que l’Assemblée vient de voter avait existé, elle aurait concerné, en l’espace de dix ans... un cas de policier tué, ou peut-être zéro – puisqu’on n’en sait pas plus sur le meurtrier ! C’est dire s’il était urgent de voter une nouvelle loi.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

Il y a aussi les gendarmes. Je n’ai pas inséré toutes les possibilités, pour que l’article ne soit pas trop boursouflé, et parce que je n’avais pas de statistiques autres que celles des meurtres de
policiers.

Quant à l’effet dissuasif de cette loi idiote, j’avais pensé écrire un sketch dans lequel un gangster menaçait de tuer un type (pour une raison quelconque. Il lui aurait peut-être piqué sa
gagneuse, ou lui aurait chauffé le produit d’un casse accompli en commun), et l’autre qui s’efforcerait de l’en dissuader, dans le style « Fais pas ça, Jo, tu vas perdre ta
nationalité ! ».


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D

"toute autre personne dépositaire de l'autorité publique". On peut rajouter les inspecteurs des impôts, les inspecteurs du travail (deux ont été tués par un agriculteur on ne peut plus français),
etc... Bien sûr "dans l'exercice de leurs fonctions".
Et quand on est reconnu coupable d'avoir tué un "dépositaire etc..." je pense qu'être déchu de la nationalité française n'est pas très important. Et pas bien dissuasif.


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