De la révolution

Publié le par Yves-André Samère

Ce matin, à la radio, on a pu entendre Olivier Besancenot avouer – honnêtement, d’ailleurs – qu’il n’avait, de sa vie, connu aucune révolution. Mais celles qu’il n’a pas eu le loisir de connaître ne sont pas très recommandables, c’est le moins qu’on puisse dire. Je sais bien qu’on a qualifié de « révolution des œillets » le changement de régime au Portugal, et que les manifestants tunisiens viennent d’obtenir la fuite de leur dictateur. Mais ce ne sont pas de vraies révolutions, à mon avis. Une vraie révolution se fait par les armes, et cela se produit très rarement. En Afrique, par exemple, il n’y en a eu aucune. Des coups d’État, oui, ce qu’on appelle des « révolutions de palais », du genre où l’homme de confiance du président renverse (et flingue éventuellement) le président, comme au Togo ou au Burkina Faso. Mais de celles où le peuple se soulève contre son dictateur, on n’en a pas vu ; et pourtant, il y avait matière à se soulever, en Guinée, au Tchad, au Zaïre, en Algérie, au Gabon, en Libye, au Cameroun, au Libéria, presque partout. La dernière dont il est question plus haut, la tunisienne, n’est que l’effet de la pétoche qui a pris Ben Ali, mais s’il avait insisté pour s’accrocher au pouvoir, autant que l’a fait jusqu’ici son collègue égyptien Moubarak, les manifestants auraient fini par se décourager : il suffisait d’organiser une bonne petite pénurie, et tout le monde serait rentré chez soi. Vraiment, chaque fois que j’entends un manifestant au torse bombé proclamer qu’il est prêt à « mourir » pour ses idées, je me marre et pense à Brassens : « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente ».

Pas de confusion, je suis de cœur avec les peuples égyptien et tunisien, mais ils n’ont pas fait une révolution, ils ont manifesté en masse, et voilà tout.

Nous avons eu une de ces mythiques révolutions, en France, en 1968. Elle a duré trois semaines et n’a pas résisté à la pénurie d’essence. Et le résultat, c’est que le parti le plus haï par les manifestants, le parti gaulliste, a gagné les élections législatives du mois suivant, avec une majorité telle qu’on n’en avait jamais vu dans le pays. Je n’en tire aucune conclusion sur le bien-fondé de toutes les revendications de Mai-68, je constate seulement le résultat immédiat : en majorité, les votants ont rejeté toute idée de changement, et Pompidou, qui avait organisé la campagne, a été plébiscité (il en a été mal remercié, puisque le Général l’a immédiatement renvoyé et a mis Couve de Murville à sa place !). Quant aux réformes qui ont suivi (le Pouvoir fait toujours quelques réformes, après coup, histoire de se prolonger), elles sont mitigées. Les femmes y ont gagné quelque chose, mais pas tout de suite. L’Éducation nationale a été ravagée, et ne s’en est toujours pas remise. Et la police s’est installée au Quartier-Latin, où l’on a vu les cars de CRS stationner en permanence durant... une douzaine d’années ! Encore une fois, je ne dis pas que Mai-68 était inutile ou infondé, voire nuisible comme l’a ressassé le Guignol élyséen, je dis seulement que la révolution a été ratée.

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