De quelques détails protocolaires

Publié le par Yves-André Samère

Comme je vous devine gens huppés, sans doute voués quelque jour fort proche à fréquenter la haute société, je ressens le besoin de compléter le petit billet que j’ai consacré hier à ce lamentable téléfilm sur Richelieu, écrit avec les pieds d’un ignare. J’y rassemblais quelques termes à ne PAS employer lorsqu’on s’adresse à des têtes couronnées, des aristocrates, des personnages importants ou des prélats. Mais le domaine est si vaste que j’ai négligé quelques détails, que voici en complément.

Vous aviez déjà compris qu’on ne dit pas « Majesté » à un roi, mais j’ajoute qu’on ne lui dit pas non plus « Votre Majesté », et encore moins – là, c’est la bourde fatale – « SA Majesté ». À ce stade, le sens n’y est plus, et c’est comme si vous disiez à votre toute nouvelle épouse, au moment de lui passer l’alliance au doigt : « Chérie, donne-moi SA main ». Je précise que j’ai pourtant déniché cette énorme imbécillité sous la plume de... Jean Cocteau, dans L’aigle à deux têtes. Ce poète mondain, qui ne fréquentait que des baronnes (quoique pas celle de Rothschild), a dû oublier de les écouter parler quand elles vont dans le monde.

Dans le même esprit, si on ne dit pas « Altesse » à un prince, on évite le « Votre Altesse», et l’on prohibe à jamais le « SON Altesse », pour la même raison. Il suffit de lui donner du « Monseigneur » ou de l’appeler « Prince » (écoutez plutôt Cyrano, à la fin de la Ballade qu’en l’Hôtel Bourguignon, monsieur de Bergerac eut avec un bélître : « Prince, demande à Dieu pardon, etc. »).

On ne dit pas « Excellence », ni à un évêque ni à un ministre, puisque l’excellence, je l’ai déjà dit, est une qualité attachée à sa fonction, pas une personne. Là encore, « Monseigneur » suffit au premier, et au second « Monsieur le ministre » (à Roselyne Bachelot, on dit seulement « Roselyne », c’est bien assez).

Enfin, il n’y a aucune raison, si on n’est pas catholique, de dire « Mon père », « Ma mère » ou « Ma sœur » à un curé, une supérieure de couvent ou une religieuse. Je suis toujours stupéfait d’entendre un journaliste juif s’adresser de cette façon au ministre d’un culte qu’il ne partage pas. Et je ne me lasse pas de rappeler que certains, rarissimes, ont assez de liberté d’esprit pour s’en dispenser, comme Claude Villers qui, recevant sur France Inter l’évêque Jacques Gaillot, lui disait « Monsieur ».

Et si le pape vous reçoit (là, je manque d’expérience), donnez-lui du « Très saint père » si vous y tenez, mais je pense qu’en son for intérieur, ledit saint père doit bien se marrer d’être déclaré saint avant sa mort !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

A
C'est tout de suite plus clair. Merci.
Répondre
Y
Je me contredis le moins possible, et jamais sur les faits dont je suis certain. Mais il arrive que je me fasse mal comprendre, parce que je n’ai pas assez développé mes arguments. Alors,<br /> développons.<br /> <br /> Les expressions « Majesté » et « Votre majesté » ne désignent pas la personne du roi ou de la reine, mais une qualité qui lui appartient et qui est liée à sa fonction. En<br /> caricaturant un peu, on pourrait dire que la majesté d’un roi est comme sa montre ou sa voiture : elle n’est pas lui-même.<br /> <br /> Par conséquent, on ne peut pas les employer pour INTERPELLER le roi à la deuxième personne, comme on interpelle un ami en l’appelant par son nom. Il est donc absurde de dire, par exemple :<br /> « Majesté, prenez un parapluie, je crois qu’il va pleuvoir ».<br /> <br /> En revanche, ces deux expressions sont utilisées à la troisième personne, au style indirect, et l’on peut dire au roi « Je suggère À VOTRE MAJESTÉ de prendre un parapluie, etc. ». Comme<br /> vous diriez à une personne charitable « J’attends de votre bonté que vous me fassiez l’aumône ».
Répondre
A
http://y-a-s.over-blog.fr/article-cocteau-cancre-120522936.html<br /> Dans cet article, vous dites le contraire... Donc, peut-on dire oui ou non "Votre Majesté" en s'adressant à un roi ou une reine ?
Répondre
Y
C’était dans l’article « Richelieu sur France 3 ». Aux rois, on dit « Sire », et aux reines,« Madame ». Aucune autre possibilité.
Répondre
L
Très interessant même si je ne croise pas de roi tout les jours, cela peut servir...<br /> Par contre comment l'appeler alors.
Répondre
Y
La page de Wikipedia dit bien qu’on emploie ce mot « lorsqu’on s’adresse [au roi] à la troisième personne ou lorsqu’on parle » DE LUI à quelqu’un d’autre. Pas quand on s’adresse À<br /> LUI.<br /> <br /> En clair, la majesté est une qualité attribuée à la fonction royale, elle n’est pas le roi lui-même. Le roi est majestueux (théoriquement), il possède de la majesté, mais il n’est pas la majesté,<br /> car AVOIR de la majesté n’est pas ÊTRE ladite majesté. Ce serait la même chose si on parlait de sa bonté ou de son sens de la justice.<br /> <br /> Pratiquement, je peux dire à un roi « Votre Majesté daignera-t-elle reprendre un peu de caviar ? » (ELLE, féminin, car ce mot est féminin alors que le roi est un homme, et troisième<br /> personne car je ne le désigne pas directement par l’impératif), mais je ne peux pas dire « Majesté, reprenez donc du caviar ».
Répondre
L
désolé, je n'ai pas compris car apparemment wikipedia dit qu'on peut dire Majesté et qu'il faut employé la 3eme personne du singulier
Répondre