De trois défunts sélectionnés

Publié le par Yves-André Samère

Puisque, aujourd’hui, tout le monde s’aime, démarquons-nous un peu, et faisons-nous détester.

Des victimes du fanatisme faites hier dans les locaux de « Charlie-Hebdo », et dont je n’ai rencontré aucune, je connaissais surtout trois noms : Georges Wolinski, Pierre Cabut et Bernard Maris. Mais c’est ce dernier surtout que j’appréciais, et j’avais acheté le premier tome de son Antimanuel d’économie. C’était clair, suffisamment pour ne pas compliquer la compréhension de cette fausse science, et il complétait notre formation une fois par semaine sur France Inter, le vendredi matin. En revanche, comme je ne lisais pas « Charlie-Hebdo », je n’ai pas connu ses articles, et donc n’en dirai rien. Mais on imagine qu’il ne devait pas parler souvent des fanatiques religieux, de ceux qui ont eu sa peau et se sont trompé d’ennemi, comme souvent.

Cabut, qui signait Cabu, c’est autre chose. Jamais je n’aurais dit, comme je l’ai entendu hier soir sur Canal Plus, que c’était « le meilleur caricaturiste de France ». Ses portraits d’hommes publics étaient assez ratés, et surtout, il ne se renouvelait guère : durant des dizaines d’années, il a refait inlassablement ses vannes éculées sur les militaires, tous crétins et alcooliques, naturellement. Son seul personnage intéressant, le grand Duduche, le lycéen « amoureux de la fille du proviseur », il ne s’en servait plus guère que pour remplir sa page mensuelle dans le bulletin de la Mairie de Paris, où il faisait sans vergogne la publicité de ses copains, la merveilleuse municipalité installée à l’Hôtel de Ville. Stackhanoviste du dessin, devenu assez riche pour être le deuxième actionnaire de « Charlie-Hebdo », Cabu s’était au fil des années mué en notable du Parti Socialiste, et la mairie avait consacré à ses dessins une exposition dans ses locaux, qui avait duré plusieurs mois. Pas vraiment, donc, l’artiste qui tire le diable par la queue et souffre de fins de mois difficiles. Alors, oui, Cabu était « gentil », mais cette qualité ne faisait pas de lui le grand artiste en quoi il s’est subitement transformé hier.

Wolinski ? Je n’ai jamais pu le supporter. Il dessinait abominablement mal, et ses textes étaient aussi indigents que ses dessins. Avec ça, d’une vulgarité pénible, dont je me demande comment pouvaient la supporter ceux qui affectent aujourd’hui d’estimer irréparable sa perte.

Bien entendu, ces trois-là se montraient constamment à la télévision. Preuve de grande qualité, comme on sait.

Entendons-nous bien : je n’approuve pas qu’on tue des gens parce qu’ils se moquent des religions. Se moquer des religions, c’est une activité d’utilité publique. Et je ne me réjouis en rien de ces morts-là. Veuillez donc, je vous prie, ne pas voir, dans ce modeste billet, de la profanation de cadavres. Après tout, quand « Hari-Kiri », ancêtre de « Charlie-Hebdo », au lendemain de la mort de De Gaulle, a titré « Bal tragique à Colombey : un mort », personne n’a prétendu que le journal crachait sur la dépouille de l’ancien président – même si le ministère de l’Intérieur a interdit le journal.

Mais on ne le répètera jamais assez : tous les morts sont de braves types, n’est-ce pas ?

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Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Ben oui, nous sommes d'accord. En doutiez-vous ? Il y a bien longtemps que je n'ai plus de chagrin pour la mort de gens que je ne connaissais que par l'image. Même ceux que j'aimais beaucoup.
Par contre, on peut avoir du chagrin pour ce qu'ils représentaient, ce qui est tout à fait différent.
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Y
Eh bien, nous sommes donc d’accord.
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D
Le Grand Duduche a bercé mon adolescence dans Pilote. Après, je n'ai pas trop suivi Cabu, à part dans le Canard. Et je ne lisais pas trop ses dessins.
Wolinski ? Trop bavard.
Maris ? Oui, bien sûr.
Alors on peut être tristes de leur mort en tant que dessinateurs, bons ou pas bons, ou de chroniqueurs, bons ou pas bons. La qualité de la personne en elle-même, la sait-on jamais, à part leurs
proches ?
Quant à "Tignous", que je ne connais pas trop, son pseudo m'amuse, c'est le qualificatif que me donnait mon père quand je ronchonnais. En effet, cela veut dire "teigneux" (au sens figuré, bien sûr)
en patois bordelais.
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