Dépoussiérez !

Publié le par Yves-André Samère

La mode est au « dépoussiérage », au cinéma comme au théâtre. Merveilleuse initiative des metteurs en scène, qui, plus intelligents que les auteurs, savent, bien, EUX, ce que ceux-ci ont voulu dire ! Et c’est bien vrai que Molière, Camus, Conan Doyle, Shakespeare, Agatha Christie et Feydeau sont couverts de poussière. Tornado, à notre secours !

Ainsi, ce Caligula, vu naguère à la Comédie-Française, dans une mise en scène de... Youssef Chahine lui-même. Dans un décor de verre et d’acier qui évoquait davantage le quartier de la Défense que la Rome antique, on avait fait jouer un vieux sénateur par la doyenne de la maison, Catherine Samie ; de jeunes garçons se pointaient sur scène, cigarette au bec ; et certains personnages déboulaient sur le plateau, juchés sur des motos. Il y a eu aussi Le misanthrope, dans lequel Célimène se vautrait sur une table et ouvrait son corsage pour Alceste ; ou L’école des femmes, avec ce barbon d’Arnolphe interprété par un gaillard de vingt-cinq ans, au teint vermeil, qui passait son temps à porter ses domestiques sur son dos, et un Horace réduit à l’état d’avorton, qui se roulait par terre en poussant de petits cris inarticulés – au point que les spectateurs éberlués se demandaient pourquoi cette idiote d’Agnès pouvait le préférer au premier.

Triomphe encore à la Comédie-Française, où s’est donné pendant des mois et à guichets fermés Un fil à la patte, qui se terminait par... le suicide de Bouzin, le personnage le plus comique de la pièce : il se jetait dans une cage d’escalier, et sa dernière réplique était un hurlement de désespoir. Tout à fait conforme à ce que voulait Feydeau !

Au cinéma, vous n’avez pas oublié ces deux films où le personnage central, Sherlock Holmes, était devenu un champion du kung-fu ; ni cette Miss Marple jouée par une sorte de dragon furibond et pulvérisant tout sur son passage, Margaret Rutherford. Le film est même passé sur Arte, c’est dire s’il était pertinent. Rappelons à ceux qui n’étaient pas là que cette héroïne inventée par Agatha Christie est une charmante vieille dame, surtout occupée de la cérémonie du thé de cinq heures et de la prochaine kermesse paroissiale, et qu’elle résoud ses énigmes policières sans jamais quitter son salon douillet du village de Sainte-Mary-Mead.

Enfin, Shakespeare a été gâté avec cette adaptation aux temps modernes de son Roméo et Juliette, transposé aux États-Unis, qui frappent par leur analogie avec Vérone. Là, Roméo était banni de la ville par le shériff (le bannissement existe, aux États-Unis ?), puis Juliette, pour l’informer de sa ruse visant à la faire échapper à un mariage non désiré, lui écrivait une lettre... qui se perdait. D’où les malentendus entraînant leurs deux suicides. Écrire une lettre pour communiquer une information urgente, à une époque où tout le monde a sur lui son téléphone personnel ?

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