Des hommes et des chiens

Publié le par Yves-André Samère

Une banalité qui a la vie dure, puisque je l’ai encore entendue aujourd’hui, et qui me bassine singulièrement, c’est celle-ci. Mais permettez-moi une entrée en matière, histoire de ne pas sauter directement au vif du sujet, procédé par trop vulgaire.

Ma voisine du dessous, une brave dame que je croise souvent dans l’escalier, a perdu son petit chien. Il a eu un accident vasculaire cérébral, et elle a dû le faire euthanasier (je déteste dire « piquer ») par un vétérinaire. Je lui ai dit que c’était bien triste, et j’ai demandé si elle allait prendre un autre chien – hypothèse probable, car elle est âgée et vit seule. Je me suis abstenu de m’enquérir de l’âge de la petite bête, et surtout, je lui ai épargné la remarque qui arrive automatiquement en pareil cas : qu’une année de vie d’un chien équivaut à sept ans de la vie d’un humain.

Positivement, je déteste cette fadaise, et j’ignore d’où elle sort. Ce qui m’agace, c’est, non seulement que tout le monde semble y croire, y compris des gens apparemment intelligents et cultivés, et que nul ne la remet en question ; mais aussi, qu’une évidence devrait sauter aux yeux de tout individu qui abrite dans sa boîte crânienne autre chose que des bulles de savon ou des pois chiches grillés. Cette évidence, la voici : il n’existe, dans l’espèce humaine, qu’une seule sorte de race, au contraire de ce que croit un facho comme Le Pen. Autrement dit, nous sommes tous bâtis à peu près de la même façon, et la durée de notre existence, sauf accident, varie relativement peu pour tous les membres d’une même population. En particulier, la notion de puberté est assez stable dans nos régions, puisqu’elle survient vers douze ans pour les filles et quatorze ans pour les garçons.

Or je présume que cette histoire de chiens a été fondée sur l’âge de la puberté chez les chiens, et qu’un jour, un quelconque zozo s’est avisé que SON chien était arrivé à la maturité sexuelle à l’âge de deux ans. Ce génie a donc effectué, dans ce qui lui tenait lieu de cerveau,  la division qui s’imposait, et a trouvé que quatorze divisé par deux donnait sept.

Logique ? Non, idiot. Car l’évidence dont je parlais plus haut tient à ce qu’il existe une foultitude de races de chiens, et ne venez pas me raconter qu’un chihuahua et un doberman se développent exactement à la même vitesse !

Il s’ensuit que ce rapport de sept contre un n’a aucune validité. Je m’étonne que nul n’y pense avant de dire n’importe quoi.

Mais comme c’était plus simple à retenir que la différence entre masse et poids, notions qui ne se confondent absolument pas, ou les cent premières décimales de π, tout le monde s’est jeté dessus sans se poser de questions. C’est comme partout : si tout le monde le croit, c’est que c’est vrai, n’est-ce pas ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
D’abord, faute de connaître la race du chien, je ne me prononce pas.

Ensuite, je constate qu’on ne peut plus quitter un lieu sans « claquer la porte ». Il doit y avoir du complot là-dessous.
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D
A l'âge de deux ans, après avoir reçu une réprimande, mon chien est parti en claquant la porte.
Si ce n'est pas une preuve d'adolescence c'est que je ne m'y connais pas.
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