Devenez scénariste !

Publié le par Yves-André Samère

Vous avez le goût d’écrire, l’envie de devenir célèbre, mais ne courez pas après la sécurité de l’emploi ? Devenez scénariste de télévision ! Vous ne serez guère payé, surtout pas pour le temps passé à écrire un scénario qui en fin de compte sera refusé, mais vous pourrez toujours frimer auprès des filles.

Cependant, attention, il y a des impératifs ! D’abord, laissez tomber la comédie romanesque, la France est engorgée d’histoires de trentenaires qui ont des problèmes de cœur (« de cœur », on dit toujours ça ? Il faudra que je vérifie). Laissez aussi tomber la saga historique : vous êtes fou, mon vieux, ça coûte les yeux de la tête à réaliser, Josée Dayan a des scénarios de ce genre plein ses tiroirs, et on a plus vite fait de s’approvisionner sur le marché hollywodien. Non, je vous conseille la série policière. Cela tombe bien, les Français en consomment à haute dose et ne se soucient ni de la vraisemblance ni de la réalité toute simple.

Donc, votre personnage principal DOIT être un policier (oui, je sais, il faut dire « un flic », mais je ne m’y fais pas). Néanmoins, vous devez suivre la règle, qui est en vigueur dans tous les pays : votre policier doit être di-vor-cé. Ou, au mieux, séparé de sa femme (laissez tomber l’éventualité d’un policier homosexuel, ça n’existe rigoureusement nulle part, et surtout pas dans la réalité, soyons sérieux). Et sa femme doit avoir la garde des enfants. Un policier qui a une vie de famille épanouie ou tout simplement paisible, ça n’a jamais existé au cinéma ni à la télé. Au fait, n’oubliez pas : ces enfants devront mépriser leur père, pour une raison à déterminer, mais, à la fin de l’épisode ou du téléfilm, ce père doit avoir regagné leur estime. Débrouillez-vous pour trouver un moyen.

Votre policier doit-il être honnête ? Oui, et j’insiste là-dessus. N’oubliez pas que c’est le héros. Je ne suis pas en train de prétendre que tous les policiers, à l’écran, sont honnêtes, mais justement, il faut que vous gardiez un policier ripou en réserve. Vous n’avez pas pu rater ce trait caractéristique de la série policière : l’enquête que conduit votre héros finit toujours par révéler que le méchant de l’histoire, c’est un autre policier, de préférence le supérieur hiérarchique de l’enquête. Cette règle est im-pé-ra-tive (les cons disent « incontournable »). Je vous mets au défi de dénicher un film policier, qu’il soit français ou vienne de l’étranger, dans lequel le salaud de l’histoire ne soit pas le commissaire, voire le commissaire divisionnaire, voire le préfet de police (les scénaristes français ont été traumatisés par Maurice Papon).

Voilà, comme dirait Marie Colmant, avec ces quelques indications, vous avez une chance de devenir le nouvel Olivier Marchal. Quoi ? C’est le pire scénariste du cinéma français ? Je sais, mais tous les médias s’ingénient à dire le contraire, alors peu importe.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Damned, je suis fait !

Puis-je au moins faire remarquer que « Columbo » n’a pas été réactualisé depuis 1999 – hormis un unique épisode en 2003 ? Je parlais de l’état ACTUEL des scénarios policiers. Or,
actuellement, les scénarios sont bel et bien ce que j’ai décrit.
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J
"Donc, votre personnage principal DOIT être un policier (oui, je sais, il faut dire « un flic », mais je ne m’y fais pas). Néanmoins, vous devez suivre la règle, qui est en vigueur DANS TOUS LES
PAYS : votre policier doit être di-vor-cé. Ou, au mieux, séparé de sa femme (laissez tomber l’éventualité d’un policier homosexuel, ça n’existe rigoureusement nulle part)."

Ah ! Je t'ai eu !
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Y
Je parlais des scénaristes FRANÇAIS, non ?
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J
Et Columbo, alors ?
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