Droit d’auteur : une fumisterie

Publié le par Yves-André Samère

Puisque je parlais hier des abus commis (moralement) par les ayants-droit qui se retranchent derrière le droit d’auteur, voici quelques exemples pas piqués des hannetons.

Vous connaissez Louis Aragon, le poète communiste stalinien. Il est mort la veille de Noël, il y a trente ans. Or son exécuteur testamentaire a eu le front d’attaquer... Arnaud Montebourg ! Le ministre à la marinière avait en effet utilisé le titre du poème La rose et le réséda, dudit Aragon, comme nom de son courant au PS. Un crime abominable... Il a aussi fait censurer quelques passages jugés par lui sulfureux d’une biographie consacrée au même Aragon. Eh oui, aujourd’hui, publier une biographie « non autorisée », comme on dit, c’est dangereux.

Remarquez qu’Aragon n’est pas le seul auteur à s’être posthumement encombré d’un ayant-droit à l’esprit aussi subtil. William Faulkner aussi a eu autant de flair, puisque le sien s’en est pris au film de Woody Allen Midnight in Paris. Le cher Woody avait eu la mauvaise idée de faire réciter à un des personnages quelques vers d’un poème tiré de l’œuvre faulknérienne. Il paraît que ce n’était pas un hommage, mais un vol.

Mais le plus odieux a sans doute été atteint par la société belge SABAM : elle a réclamé le versement de droits pour des lectures publiques organisées en bibliothèque à destination d’enfants défavorisés. Elle a ainsi réclamé 250 euros par an à une de ces bibliothèques pour avoir le droit de prêter des livres, fait condamner par la Cour de Justice européenne les tarifs des bibliothèques belges pour le même motif, et les a, ce faisant, quasiment ruinées. Elle a également réclamé le paiement de droits à des grévistes devant lesquels un groupe de musique s’était produit gratuitement pour leur témoigner son soutien.

Comme disait De Gaulle, c’est beau, c’est grand, c’est généreux. Mais remarquez que chez nous, on arrive à faire aussi bien, quoique dans un style plus burlesque (nous sommes le peuple le plus spirituel de la Terre, ne l’oubliez jamais), puisque le département de la Dordogne a revendiqué un droit sur les peintures des grottes de Lascaux. Certes, elles datent de plus de 17 000 ans et on ignore qui les a peintes, donc on ignore à qui les éventuelles indemnités seraient versées, mais le droit d’auteur, c’est le droit d’auteur.

Rompez !

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