Du bidonnage télévisuel

Publié le par Yves-André Samère

Lorsqu’un journal reprend une information déjà publiée dans « Le Canard enchaîné », mais sans mentionner ce petit détail, « Le Canard » se paie sa tête et le traite de « piqueur ». C’est de bonne guerre.

Mais il arrive aussi au « Canard » de publier une information que chacun a pu voir ailleurs, et qu’il oublie de mentionner sa source. Rien que cette semaine, le fait s’est produit deux fois, et dans le même article, en page 7, en haut de la colonne de gauche. Le rédacteur rapporte d’abord que TF1 a bidonné un reportage sur Hollande à Oyonnax, et que les huées qui ont accueilli l’arrivée de sa voiture ont été décalées de quelques secondes par le monteur pour qu’elles soient entendues au moment où lui-même apparaissait, descendant de ladite voiture : c’était plus frappant, évidemment, donc plus satisfaisant pour les téléspectateurs de la chaîne, tous militants socialistes comme on sait.

Et puis, « Le Canard » rapporte que Mélenchon a bidonné sa propre manifestation du 31 novembre, en se faisant filmer en train de discourir devant une foule de militants enthousiastes, foule qui... n’existait pas, puisqu’elle ne comportait pas plus de trente personnes qu’on avait agglutinées en masse compacte derrière une barrière, et filmées d’assez près pour que le vide alentour ne figure pas sur l’image.

Ces deux dénonciations de bidonnages avaient été relevées par le Petit Journal, et les téléspectateurs de cette salutaire émission s’étaient bien marrés, mais « Le Canard » s’est bien gardé de l’écrire.

Ça n’a rien à voir, mais le procédé ne m’avait pas surpris, car j’avais participé à une variante de cet innocent bidonnage au Vrai Journal de Karl Zéro : un certain vendredi, jour d’enregistrement de l’émission, Karl n’avait pas pu venir (il avait une gastro !). On avait donc reporté la chose au lendemain, en priant les spectateurs volontaires de venir s’ils le désiraient. J’étais donc venu ce samedi matin, et nous n’étions guère plus d’une douzaine de personnes à nous être levées de bonne heure. L’équipe nous avait chouchoutés et dorlotés dans la cafétéria interdite au public qui se trouve derrière  le studio, avant de nous installer en face de Karl remis sur pied, tous en bout d’une rangée, où les caméras nous avaient filmés de près, comme si nous avions été cent quarante – la moyenne des jours normaux. Avec cela et quelques plans généraux pris dans les émissions précédentes, personne, à la diffusion, n’a eu conscience que les spectateurs de cette émission publique étaient réduits à deux pelés et trois tondus.

C’est beau, la télé, non ?

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