Du langage dans les films traduits

Publié le par Yves-André Samère

Hier, j’ai regardé un film de guerre de Lewis Milestone, La gloire et la peur (en anglais, Pork chop hill). Avant-hier, j’ai revu le très bon film de John Guillermin, adapté d’Agatha Christie, Mort sur le Nil (en anglais, Death on the Nile). Jeudi, j’avais revu le chef-d’œuvre de John Ford, La poursuite infernale (en anglais, My darling Valentine). Et ce triple visionnage m’a remis en mémoire une bizarrerie des versions françaises, doublées ou sous-titrées, qui semblent militer en faveur de la réouverture du bagne de Cayenne au profit des traducteurs.

Résumons : dans le premier cité, comme dans TOUS les films de guerre de langue anglaise, un subordonné s’adresse à un supérieur en lui disant « Sir », donc « Monsieur », quel que soit le grade dudit supérieur. Mais dans l’armée française, on doit donner au supérieur, s’il a un grade plus élevé que celui de sergent-major, ledit grade précédé du mot « mon » : donc de mon adjudant à mon général. Si les traducteurs s’en tenaient à la terminologie anglaise et respectaient la coutume du pays concerné – qui n’est donc pas la France –, il n’y aurait aucun problème de traduction, mais non : ils se lèvent la peau pour préciser ce grade, et si celui-ci n’est pas apparent dans la scène, ils inventent ! Notez que la réciproque est tout aussi absurde : dans Les sentiers de la gloire, film de Stanley Kubrick, qui se passe essentiellement dans les tranchées en France pendant la guerre de 14-18, les soldats français ne cessent de brailler “Yes Sir!” en s’adressant à Kirk Douglas, qui joue le colonel Dax, français aussi.

Dans Mort sur le Nil, rien que du classique : le crime a été commis avec un petit pistolet, que le spectateur voit à maintes reprises, mais le sous-titreur parle systématiquement de revolver... alors que le dialogue fait bien entendre pistol. Ne devrait-on pas obliger les faiseurs de sous-titres à faire un stage dans l’armée, ou leur donner l’adresse d’une armurerie ? (Il y en a une rue Vivienne, près de la Bourse)

Enfin, dans tous les westerns depuis que j’en vois, chaque fois que le dialogue parle d’un marshall, ça ne rate pas, le faiseur de sous-titres ou de dialogue français traduit par shériff. Quand une mauvaise habitude est prise, impossible d’y remédier. Rappelons que ces deux fonctions ne sont pas équivalentes, le marshall fait régner l’ordre en ville, et le shériff, à la campagne. Confondre les deux, cela équivaudrait, en France, à faire d’un commissaire de police un commandant de gendarmerie ! J’en connais qui seraient ravis, connaissant l’affection mutuelle que les deux corps se portent.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ce n’est pas la même chose ! Il y a une grosse différence entre les divergences d’interprétation d’un texte dont le sens est équivoque, et les erreurs grossières que j’ai signalées, qui sont<br /> dues, soit à l’ignorance des traducteurs, soit à leur paresse ou leur excès de confiance en eux : ils auraient pu vérifier dans un dictionnaire, et ne l’ont pas fait. Un marshall n’est pas un<br /> shériff, un pistolet n’est pas un revolver. J’ajouterai que, dans « La mort aux trousses », le film d’Hitchcock, le personnage de Cary Grant dit de lui-même, dans la version traduite et<br /> dès la quatrième minute, qu’il est publiciste. Or c’est un publicitaire (“In the world of advertising, there’s no such thing as a lie”), et les deux professions sont très différentes !<br /> <br /> Et puis, il y a eu, dans un film de Peter Greenaway sorti en février, cette double sottise sur Jean le Baptiste, que j’ai rapportée ici :<br /> http://www.kinopoivre.eu/notules/2014/201402.php#glotzius, et qui est piquante.
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C
Simon Leys, dans «L’ange et le cachalot », affirme qu’il est impossible de traduire avec talent et d’en vivre car ce métier privilégie la quantité à la qualité. Je suppose que ce qui est vrai pour<br /> la littérature l’est encore plus pour le cinéma ou la télévision.
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