Einstein et notre cerveau

Publié le par Yves-André Samère

En sortant d’un cinéma situé rue de Lyon, j’ai eu l’idée de passer par la rue Jules-César, pour voir si la Scientologie y était toujours installée au numéro 7. Elle y est toujours installée, malgré ses petits ennuis judiciaires. Soit la justice n’a pas frappé assez fort au portefeuille, soit les subventions arrivées des États-Unis n’ont pas faibli...

Passant devant l’entrée, j’ai pris au passage deux prospectus librement offerts au chaland. L’un d’eux utilise Albert Einstein pour faire un peu de retape, et je cite : « “Nous n’utilisons que 10 % de nos capacités mentales”. Cette déclaration surprenante a été faite par le célèbre physicien Albert Einstein ; mais personne n’avait jamais montré comment cela pouvait être amélioré ».

Inutile de continuer, vous avez compris : la Scientologie, ELLE, est capable de nous montrer comment l’utilisation de notre cerveau peut être améliorée ! Ben voyons.

Il y a longtemps que je sais qu’il n’y rien de vrai dans cette citation d’Einstein (je l’ai un peu lu, ce cher Albert). En réalité, il y a deux points. D’abord, en 1935, un psychologue états-unien, Karl Spencer Lashley, constatant que des rats de laboratoire réussissaient leurs travaux et exercices avec près de 90 % de leur matière grise en moins, en déduisit cette célébre affirmation, qu’Einstein reprit ultérieurement, et seulement ça. Il y a aussi le fait qu’il ne la reprenait pas sérieusement, parce qu’un journaliste l’importunait avec ses questions du genre « Comment diable faites-vous pour avoir un cerveau aussi efficace ? », et qu’il répondit en plaisantant « Et encore, je n’en utilise que dix pour cent ! ». Mais le crétin de journaleux prit cette blague au sérieux.

La vérité est qu’il est absurde de prétendre évaluer la quantité disponible de notre cerveau – à moins de s’appeler Patrick Le Lay –, et voici pourquoi : imaginez une grande ville, dans laquelle certains travaillent, d’autres sont chômeurs. Il y a aussi les enfants, les retraités, les malades, les flemmards, etc., tous ayant un niveau différent d’activité, ne sollicitant pas non plus les capacités de leur cerveau avec la même intensité. Et maintenant, comment faire pour évaluer le degré d’activité de la ville entière ? Impossible. Eh bien, pour le cerveau, c’est pareil, les différentes zones du cerveau ne travaillent pas toutes en même temps, ni avec la même intensité.

Pour prendre un autre exemple que vous pouvez utiliser immédiatement, regardez l’activité du microprocesseur de l’ordinateur devant lequel vous vous trouvez : c’est simple, dans Windows, tapez sur Ctrl-Alt-Suppr, et cliquez sur l’onglet Performance dans le Gestionnaire de tâches qui s’ouvre alors. Puis observez le graphique du haut, celui qui montre l’activité du processeur ! Parlant, non ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
On achoppe toujours sur :

1. l’impossibilité de réduire l’activité du cerveau à celle d’une machine fonctionnant EN CONTINU, sans aucune rupture de rythme ;
2. l’impossibilité de quantifier une fonction, ou plutôt une série de fonctions, aussi insaisissables.

Autant vouloir mesurer le vent ou les vagues de la mer.
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A
Personnellement j'avais lu un autre article qui démentait aussi ce propos. Selon cet article, 90% de notre cerveau sert à alimenter et faire fonctionner les 10% qui travaillent.
Je ne prétends pas que ce soit la vérité, mais au moins j'avais quelque chose à répondre quand j'entendais cette absurdité.
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