Éloge du téléchargement illégal

Publié le par Yves-André Samère

Avant d’avoir Internet chez moi, lorsque je voulais de la musique ou de la vidéo, j’avais deux solutions : soit acheter un CD ou un DVD dans un magasin comme la FNAC ou le BHV, soit prendre une carte d’abonnement dans une discothèque ou une vidéothèque de prêt. La première solution était ruineuse, car il est évident que les éditeurs en prennent à leur aise et que les prix qu’ils pratiquent n’ont rien à voir avec le coût de fabrication de leurs disques : le client – le pigeon, plutôt – subventionne essentiellement les frais de publicité du marchand de disques (et, accessoirement sa deuxième piscine et son troisième court de tennis). La preuve que le prix des disques, CD et DVD, est ridiculement élevé : alors qu’aucun disque de musique n’était jamais vendu au dessous de cent francs, il m’est arrivé d’acheter, dans un supermarché, des disques de musique classique, soldés mais d’excellente qualité, pour... cinq francs ! La seconde solution, adhérer à une discothèque-bibliothèque, était insatisfaisante, car le disque recherché, tout comme le livre, est rarement disponible dans une discothèque ou une vidéothèque : toujours « sorti ».

La chose s’est un peu améliorée quand j’ai eu Internet. Là, j’ai pu acheter quelques disques chez Amazon ou Cdiscount. Pas beaucoup moins cher, cependant, et il fallait attendre – jusqu’à six semaines, parfois. Alors, je me suis tourné vers le téléchargement illégal. Cela a commencé avec Napster, puis il y eu WinMX, et quelques autres logiciels de peer-to-peer, comme Kazaa, aujourd’hui disparus. Il ne reste guère qu’eMule, très lent et aléatoire, et les logiciels basés sur le protocole torrent, bien plus rapides mais peu orientés vers la production française.

C’est alors que le gouvernement, sous la pression des requins de l’édition, a décidé de faire la guerre aux horribles téléchargeurs de musique et de vidéo, et a inventé la ridicule commission Hadopi, sans cesse modifiée, et qui n’a jamais eu la moindre efficacité, puisque son seul effet ayant été d’augmenter l’influence des sites de stockage illégaux comme Megaupload. Pas un seul procès à ce jour ! Or le tapage sur Hadopi a fait à ces sites de stockage une formidable publicité, notamment lorsque Thierry Lhermitte, propriétaire d’une firme nantaise de mouchardage au service de l’Hadopi – la société TMG –, a eu la sottise de déclarer en public qu’il lui était arrivé de télécharger un film en moins d’une heure sur Megaupload !

Le fond du problème relève de l’économie individuelle. Thierry Lhermitte gagne énormément d’argent et peut acheter tout ce qu’il veut ; le téléchargeur de base, non. Alors, le téléchargeur de base, lorsqu’on tente de l’apitoyer sur le sort des malheureux artistes qu’évidement il pousse à la ruine (eh, les gars, je pousse Johnny à la ruine en n’achetant pas son dernier disque ! Comment cet immense créateur va-t-il s’acheter une nouvelle moto ?), il rigole dans sa barbe, le téléchargeur de base, et en remet une couche dans le téléchargement.

Bref, messieurs les ayant-droits, tirez les premiers en cessant d’exploiter le public. Vous avez fait du profit une religion, alors, ne vous étonnez pas si nous appliquons vos principes. C’est de la légitime défense.

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